Il y a des milliers de groupes de Pop Rock dans l’ouest, et des millions dans le monde entier. Ça en devient facilement usant à la longue, et de plus en plus difficile de tomber sur un artiste qui se démarque au sein de cette très grande famille. Et pourtant, sur les terres nantaises, les gars de
John Doe’s Unbelievable Suicide
sont nés et ont naturellement ravivé la douce flamme du Pop Rock.
À l’écoute, on dirait presque que c’est sans effort. C’est le bon côté du spontané. Il semble que tout a été fait à l’instinct, et ça fonctionne de façon imparable. Ils nous offrent ici un premier album très prometteur, riche en mélodies, en émotions, en arrangements savoureux, et à l’évolution parfaitement ordonnée.
On démarre sur ‘Magical Weekend’ avec une intro sautillante à la batterie. La voix et la basse se rajoutent, l’atmosphère s’installe immédiatement, on sent quelque chose. Le piano arrive, et nos sourires se dessinent. Les guitares rejoignent le reste au refrain et là, ouais, d’accord, c’est adjugé : cet album va être chouette. C’est le week-end, on rentre de l’école, on court dans le jardin, tout va bien.
Le morceau suivant complète parfaitement ce mood et on s’envole, très très haut, dans des fantasmes enfantins et idéaux. Avec de la positivité à la clé dans ce dimanche après-midi : « A million reasons to cry / But a million more to smile / Because we all deserve to have a good life ».
On reste dans notre envolée, plus posée, sur ‘Coming to the Sun’, histoire d’observer le paysage et de profiter de notre jeunesse. C’est même de l’enfance qu’il s’agit en ce début d’album, on l’aura deviné. Ça se confirme sur ‘Daddy Had a Cadillac’ et ‘Mommy Had a Love Affair’, excellent duo avec un tube en guise de quatrième morceau, dont la mélodie au refrain propulse encore très loin. Difficile de le qualifier de tube, d’ailleurs, quand tous les morceaux autour sont superbes aussi.
L’enfant derrière ces morceaux grandit à vue d’œil, on sent une vulnérabilité prendre place et une certaine conscience de la vie, la vraie vie, se former autour. Avec tous les questionnements qui fusent à côté, comme dans la douce ballade de ‘Just a Fool’ ; un délice. Ça devient de moins en moins drôle, de moins en moins pétillant, et plus réaliste.
La vie commence à être sacrément difficile, le petit s’endurcit. Les couleurs fanent sur ce septième morceau, ‘Black Flowers & Rain’, qui soulève un sujet délicat et perçant ; c’est le chaos, l’incompréhension, l’injustice. La mort. C’est un très bel hommage qu’ils nous livrent.
De plus en plus mélancolique, on arrive sur deux morceaux qui s’enchaînent et se complètent très bien. ‘I Saw You Smoking There’ trouble, orné d’un violon sur ses refrains à la mélodie terriblement sincère. Il faut l’écouter allongé, les yeux fermés, pour être touché au plus profond, tout comme sur ‘The Person You Are’, hypnose délectable et définitivement mon morceau favori de l’album.
On amorce la conclusion sur ‘Song For Mothers’, moins triste que les morceaux précédents mais toujours dépourvu de la positivité présente au début de l’album, qu’on peut maintenant voir comme une sorte de naïveté, d’innocence et d’insouciance. On retrouve sur ‘A Secret In My Head’ une autre jolie ballade à la recette toujours imparable, qui clôture ce délicieux premier album.
Une des dizaines de raisons pour lesquelles John Doe’s Unbelievable Suicide se démarque de cette famille du Pop Rock, c’est grâce à sa sincérité incroyable et son impudeur qui fait un bien fou. Il n’y a en quelque sorte ni montée, ni descente : on reste dans les mêmes bras, dans le même ciel, on est gâtés de beaucoup d’émotions différentes dans les deux extrêmes, et on s’y laisse porter sans peur et sans appréhension.
C’est précisément pour cela qu’à la fin de la première écoute, on s’empresse de remettre l’album au début, et on se rallonge. Parce que si vous êtes arrivés à la fin, vous ne l’écouterez pas qu’une fois, c’est certain. C’est impossible, pour des raisons inconnues, mais c’est fatalement impossible.
Ma sélection :
‘The Person You Are’
‘Sunday Afternoon’
‘Daddy Had a Cadillac’
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Retrouvez aussi l’interview du groupe par ici !