Rencontre avec Stuck In The Sound : En terme d’émotions et d’honnêteté artistique, c’est toujours la même chose !

STUCK IN THE SOUND PF
Samedi dernier, quelques heures avant le concert de Stuck In The Sound à l’Usine d’Istres, j’ai eu le plaisir de rencontrer Arno, Emmanuel et François, respectivement bassiste, guitariste et batteur du groupe parisien. Découvrez vite leurs réponses à nos questions !

_ Commençons par le commencement ! Pour ceux qui ne vous connaissent pas, Stuck In The Sound c’est qui ? C’est quoi ? Comment c’est arrivé ?

François : C’est un groupe de rock avec cinq personnes. On s’est rencontrés au début des années 2000, on était tous étudiants et on a commencé à faire ce groupe à la base comme un loisir, et de fil en aiguille c’est devenu de plus en plus sérieux, les gens s’intéressaient à notre musique, on commençait à faire des dates. Puis on a sorti un premier album, puis on a fait des tournées, un deuxième album, un troisième album et là on a carrément sorti un quatrième album cette année.

_ Justement avec quatre albums au compteur, on peut dire que tous sont assez différents les uns des autres et qu’il y a eu un vrai virage avec le dernier… Comment décrivez-vous l’évolution du son Stuck In The sound  depuis les débuts ?

Arno : Au début on était à quatre. C’était basse / batterie / guitare acoustique avec José et guitare électrique. Et puis sur l’album « Pursuit » on avait un peu amélioré les arrangements, on avait étoffé tout ce qui était synthé, ce qu’on ne faisait pas beaucoup avant.

François : Même plus d’arrangements de guitares.

Arno : Et pour la tournée on s’est dit il faut vraiment qu’on puisse le rejouer et avoir tous les arrangements du CD en live. Donc on a fait appel à notre ingé son qui nous suivait depuis le début, Romain , qui est devenu le guitariste synthé de Stuck , le cinquième. C’est aussi le premier album qu’on compose avec lui, et la première fois qu’on compose des morceaux au piano, ce qui est une approche complètement différente que de composer à la guitare. Tu sors pas les mêmes choses.

François : Et c’est vrai qu’à la fois on avait quand même un son, un truc un peu reconnaissable de Stuck auquel on était très attaché et qu’on a essayé de faire vivre et évoluer avec le temps. C’est vrai que dans ce dernier album du coup il y a une sorte d’évolution, peut-être un step un peu plus rapide que sur les autres, ce qui peut surprendre certaines personnes. Mais par contre comme tu le soulignais, c’est clair que tous nos albums sont quand même tous différents et nous on pense que c’est une bonne chose de proposer de la diversité, de faire évoluer le groupe et de ne pas tomber dans des clichés de nous même.

_ Justement, n’aviez-vous pas peur que ces nouvelles sonorités déstabilisent les fans ? Un petit message pour les rassurer ?

Arno : Il y a toujours la même énergie rock. Qu’ils viennent nous voir en live et ils vont comprendre tout de suite que ça n’a pas changé Stuck . Mais effectivement l’album peut être un peu déstabilisant pour nos fans, et encore…

Emmanuel : Mais en fait on a des fans assez pluriels. Il y a des gens qui aiment Stuck pour cette énergie là et il y a des gens qui aiment Stuck pour ‘Tender’ par exemple, qui est une ballade de l’album précédent. De toutes façons depuis le début on a même au sein des albums des styles assez variés. Donc on savait qu’effectivement les mecs qui aimaient les trucs un peu noise ou agressif comme on a fait sur les albums précédent peut-être s’y retrouveraient un peu moins. Ça ne veut pas dire que ça ne va pas revenir déjà. Et puis, de toute façon il y a toujours eu une dimension pop, il y a des gens qui aimaient ça depuis le début, des gens qui disaient « moi je kiffe parce que vous avez des vraies mélodie ». Tout le monde ne vient pas y chercher la même chose.

François : Mais par contre c’est clair que le live prouve bien à tout le monde que tous les morceaux du nouvel album s’intègrent parfaitement dans la continuité une fois qu’ils sont joués dans l’ensemble. Et d’ailleurs pour le coup tous les fans qui viennent nous voir en live nous disent ça. Et même pour nous ça permet d’apporter une nouvelle dimension, des concerts où il se passe plus de choses et la diversité que ça amène nous permet de faire des montées et des descentes, de raconter plus un truc sur le concert. En tout cas c’est un succès en live, ça fonctionne.

_ Vous êtes plutôt repartis de zéro pour le nouvel album… Nouveau label… Vous nous racontez un peu le parcours de ces dernières années ?

Emmanuel : Quand on avait signé avec notre premier label qui nous a fait émerger, on avait signé pour trois albums avec eux et sur la fin du dernier album on sentait qu’on était un peu à la fin de la collaboration avec eux. Tout le monde le sentait, eux et nous aussi. En fait le label n’allait pas super bien à ce moment là et nous on avait cette occasion d’aller voir ailleurs et on avait l’envie, la curiosité et l’excitation. Et en plus de ça on a changé en même temps de management, de tourneur, d’éditeur. Donc oui ça fait du nouveau.

François : Ouais ça faisait beaucoup de négociations, beaucoup de contrats. Ça a aussi participé au temps qu’on a mis à sortir cet album puisqu’il y a eu une grosse phase juridique.

_ Un nouveau studio aussi ?

François : Oui en fait on aménage notre studio depuis sept ans et là on est arrivé enfin au bout, on a un studio super cool, dans lequel on se sent hyper bien, dans lequel on a enregistré le disque d’ailleurs. Ça nous a pris en partie du temps de faire ça mais ce n’est pas la cause principale du temps qu’à mis cet album à sortir. C’est plus des questions juridiques et de doutes aussi. Puisque tu vois tu dis que cet album il est différent, c’est vrai, et nous même on a pu avoir des phases de doutes aussi quand on s’est retrouvés avec tous ces morceaux.

Emmanuel : On a douté parce qu’on avait tout ce temps aussi. En tout cas on n’a pas mis quatre ans à galérer à composer, c’est pas ça, la musique s’est faite assez vite. Ce n’est pas ce qui nous a pris le plus de temps.

François : Même si du coup, on est revenu dessus plein de fois.

Emmanuel : C’est un très long repas chez Mamie !

_ Comment se passe en général le processus de composition chez Stuck In The Sound ?

François : Il y a de plus en plus de façons différentes. Classiquement, on était tous ensemble dans une pièce en train de jouer nos instruments, de faire ce qu’on appelle vulgairement des bœufs. On a pris l’habitude depuis le tout début d’enregistrer la moindre répétition, et une grosse part du temps et de la création c’est de réécouter ce qu’on a fait. Et sur une heure où il y a que des trucs nuls, à un moment tu fais « ouhlala, attends là, ces cinq secondes, c’était incroyable ! Qu’est ce que t’as fait ? – attends j’ai fais ça – ok on reprend ça, on part de ça ». Donc il y a beaucoup de trucs qui se sont fait comme ça, avec une méthode à l’ancienne.
Ça peut aussi partir des fois de José ou de Manu qui ont des riffs à la guitare, voire des ébauches de morceaux carrément qu’on joue ensuite tous ensemble.
Et pour la première fois là aussi là Romain avait dans son disque dur des ébauches de morceaux qu’on a trouvé super cool et qu’on a retravaillés ensuite tous ensemble. Là c’était plus un travail de production, on était tous ensemble dans une pièce en train de jouer, on s’est vraiment pris la tête des heures à réécouter les enregistrements, les démos, « attends on pourrait mettre une partie comme ci comme ça, la structure ça pourrait être plutôt ci, plutôt ça ». Il y a donc certains morceaux qui ont été composé comme ça, plus en mode studio, dans l’ordinateur.

Arno : Et qu’on a dû redécouvrir…

François : …Pour les adapter en live, oui c’est rigolo, c’est le contraire de d’habitude. C’est vrai qu’avant notre leitmotiv c’était d’arriver à enfermer dans un disque la puissance du live. Là on a abordé ça différemment en prenant le disque vraiment comme un travail en soi. D’ailleurs pour chaque morceau c’était le cas aussi. On ne s’est pas demandé si ce morceau devait sonner comme du Stuck , si on était dans la ligne directrice de Stuck , mais on a plutôt considéré chaque titre comme une entité et on s’est mis comme défi de l’amener à son maximum en tant que tel sans se poser de questions de cohérence par rapport à notre style et par rapport aux autres morceaux de l’album. On l’a fait plus tardivement pour la production globale en espérant que ça soit quand même homogène, mais ce n’était pas l’idée quand on l’a composé.

_ Deux mois après sa sortie, quel est le bilan de cet album ?

François : C’est plutôt cool, nous on est assez contents. Après en effet il y a des gens qui sont déstabilisés, c’est rigolo, c’est un peu nouveau pour nous. Jusqu’à présent on a toujours eu un super accueil des albums, les gens étaient tout le temps « c’est génial c’est exactement ce que j’attendais de vous », et là il y en a quand même qui disent « ah ouais, je suis surpris c’est pas vraiment ce qu’on attendait ». Donc ça change, c’est formateur pour nous. C’est intéressant.

Arno : Et là depuis qu’on a commencé la tournée quand même il y a beaucoup de gens qui nous ont dit « quand on a découvert l’album on était surpris mais en fait quand on vous voit le jouer, c’est du Stuck en fait, c’est super naturel dans votre concert, et ça s’intègre super bien avec les vieux morceaux ».

François : Ou aussi des gens qui disent à la première écoute « j’ai pas compris ce qu’il se passait, j’étais dégoûté et après je l’ai entendu une autre fois et je me suis dis c’est pas mal en fait » et qui au fur et à mesure saisissent le propos de l’album. Et en terme d’émotions et d’honnêteté artistique c’est la même chose qu’avant et les gens s’en rendent compte au fur et à mesure.

_ Il y a eu un post sur Facebook qui parlait de studio…

François : Oui, vu que ce disque a mis longtemps à sortir, nous on a très envie de vite proposer de nouvelles choses d’autant qu’on a en plus maintenant cet outil de travail hyper pratique et agréable.

Emmanuel : D’ailleurs l’idée là ce serait pas forcément de sortir un disque mais de proposer des morceaux très régulièrement. De toute façon nous on fait toujours un peu au titre par titre, on n’a pas fait encore de concept album, c’est toujours un peu douze morceaux mis bout à bout. Donc là on a envie de sortir des trucs très rapidement et donc de filer un, deux ou trois morceaux de temps en temps, comme ça.

_ Oui, ça se fait de plus en plus.

François : Oui, bien sûr, c’est le format naturel qu’a pris le marché là.

Arno :
On est revenus aux années 60 et au format single. Parce que les albums les gens n’en ont plus et ça devient vraiment un objet d’appel pour la tournée et pour la presse.

François : Je pense qu’il y aura quand même des albums mais ça sera peut-être plus des collections de singles déjà sortis avant. Enfin, on ne sait pas, on verra.

Emmanuel : Mais comme nous on a le studio, on peut composer un titre, le lendemain l’enregistrer, le lendemain le mixer et le surlendemain le sortir, alors il n’y a pas de raison de se priver.

_ Vous êtes plutôt scène ou studio ou les deux ?

Arno : L’alternance est pas mal. Quand on est sur la route pendant un an, il y a un moment tu es content de rentrer chez toi. Et quand tu es enfermé dans la cave et que tu vois pas le soleil, que tu es tout blanc comme un cul pendant six mois ou deux ans de ta vie… Ouais, on est contents de venir dans le Sud, c’est cool, il y a du soleil !

Emmanuel : Après je pense qu’on est plus vite naturellement devenu un groupe de scène. Le studio ça met plus de temps à appréhender pour les groupes comme nous. Rapidement dès le début, les premiers concerts on était assez à l’aise sur scène. José a un bon rapport avec le public, il a un truc très communicatif.

François : Une énergie naturelle.

_ Vous êtes actuellement en pleine tournée, alors restons dans la thématique « scène »… Vous jouez ce soir à Istres… Comment appréhendez vous les concerts dans cette région, pas vraiment réputée pour avoir le public le plus rock ?

Arno : C’est pas faux…

François : C’est toi qui l’a dit ! (rires)

Emmanuel: Ben comme c’est notre quatrième tournée, maintenant on a l’expérience, on est au courant, donc on sait à quoi s’attendre quand on vient ici. Mais des fois on a des bonnes surprises !

François : C’est sûr que ce n’est clairement pas la région la plus rock de France, mais nous on est quand même hyper contents de jouer ici pour les gens qui aiment ce qu’on fait.

Emmanuel : En même temps c’est la loi naturelle, c’est vrai que je suis ici, il y a la piscine à côté, j’ai plus envie d’aller boire du rosé que d’aller m’enfermer dans une salle noire, il y a une forme de logique ! (rires)

_ En fait la majorité des gens sont peu curieux ici et ne vont voir que ce qu’ils connaissent. Du coup vous diriez quoi à quelqu’un qui ne vous connaît pas pour l’attirer à l’un de vos concerts ?

Arno : Ben que c’est le meilleur groupe de rock de France ! (rires)

François : À un concert de Stuck il y a de l’énergie, il y a des morceaux qui sont beaux. C’est un truc qui est à la fois un peu pointu, parfois un peu noise, un peu « agressif », mais qui a une énergie communicative qui peut passer auprès de tout le monde.

Arno : Les gens chantent, les gens dansent.

Emmanuel : Il y a un truc un peu familial puis c’est un truc qu’ils n’auront jamais à la télé ou à la radio, le spectacle vivant de toute façon. Il faut aller dans les salles !

_ Votre meilleur souvenir live ?

Arno : Il y en a tellement…

Emmanuel : Des trucs exubérants, on a fait par exemple un concert à Taïwan. On a débarqué le lundi, on jouait le mardi on repartait le mercredi. T’as pas le temps de comprendre ce qui t’arrive…

François : …Et tu joues devant cinquante mille Chinois sur la plage et tu te rends compte que c’est diffusé en direct sur la télé nationale à 20h30 quoi… Tu fais « Ah bon ?! ».

Emmanuel : Euh, qui c’est qui nous a programmé ? Vous nous connaissez comment ? Vous n’avez pas confondu avec quelqu’un d’autre ? Ah non, c’est nous, ben très bien !

François : Il y en a vraiment plein plein des bons souvenirs… Dans la région aussi, quand on a joué avec les cigales aux Voix du Gaou , c’était sympa ça ! T’essayes de couvrir les cigales en jouant…

Arno : Énorme, tu te fais battre par les cigales, elle sont plus fortes que toi !

_ Un endroit particulier où vous rêvez de jouez ?

Arno : L’Amérique du Sud, clairement. Il y a quelques années, il y a une radio colombienne qui nous avait programmé. Pendant deux mois on était numéro 1 de la radio nationale ! Devant Metallica  !

François : Avec le titre ‘Bandruptcy’, qui n’était même pas vraiment un single officiel avec clip, qu’on avait juste donné sur internet avant de sortir notre album.

Arno : Et du coup il y a une espèce d’engouement qui s’est développé, on a plein de message, sur le clip de ‘Let’s Go’ par exemple, en espagnol et en portugais. Et on sent qu’il y a quelque chose qui se passe là bas, alors il va vraiment falloir qu’on y aille.

François : C’est un endroit où on n’a jamais joué et qui pour le coup semble être une région du Monde encore très rock, et c’est clair que ça fait un peu rêver.

Emmanuel: En première partie d’ AC/DC/Axl  !

_ Chez Like A Melody on aime bien mettre l’accent sur la scène émergente française? Qu’est-ce que vous en pensez vous ?

Arno : Nous on est pratiquement les derniers de ceux avec qui on a commencé. Il y avait vraiment toute une scène de potes, on était tous amis, on jouait tout le temps ensemble et tous ces autres groupes sont morts. Il ne reste plus que nous. Ça a pris son petit temps avant qu’il y ait une nouvelle scène qui redémarre et depuis quelques années on sent qu’il y a vraiment un truc qui repart.

François : Il y a clairement une relève, il y a plein de groupes super. On est pas forcément assez curieux dans notre écoute de ce qu’il se fait, on est un peu en vase clos dans notre création globalement. On écoute des trucs qui n’ont rien à voir pour ne pas se faire influencer par des trucs proches, c’est notre façon de faire. Mais on a rencontré en tournée des groupes super. On avait rencontré les Juveniles , et Hyphen Hyphen à l’époque. Sur cette tournée on a joué avec des groupes vraiment cool. Les Von Pariahs sont cool. On a joué avec un groupe génial à Lyon, Big Junior . Un groupe qui s’appelle Alphabet en Normandie. Il y a plein de trucs très bien !

_ Si vous aviez un conseil à donner à ces groupes là ?

Arno : Accrochez vous.

François : Accrochez vous, kiffez, continuez à faire des choses bien et avec le cœur.

_ Et pour finir si vous aviez une question à vous poser ?

Arno : Dans quel son vous aimeriez rester coincés ?

_ Alors ?

(rires)

Arno : Si je devais vivre un jour sans fin avec un seul et même morceau…

Emmanuel : Ben déjà si tu le vis ici le jour ou si tu le vis au studio à Montreuil c’est pas pareil, tu choisis pas forcément le même titre.

François : Parce que là le King Crimson , ’21 st Century Shizoid Man’ je sais pas si… On est pas du tout des gens monomaniaques en fait, vraiment on aime plein plein de choses. Plus le temps passe plus on aime des choses, plus on fait de musique, plus on aime plein de musiques. C’est très difficile de choisir un son, ça n’a presque pas de sens, je pense qu’on est d’accord…
…Mais Metallica  !

(rires)

Emmanuel : Le son d’une bombe dans la piscine c’est pas mal !

Merci beaucoup d’avoir pris le temps de répondre à ces quelques questions et merci à Pierre de l’Usine !

Retrouvez prochainement sur Like a Melody le Live Report et les photos du concert !

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Et voici les prochaines dates du groupe !

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