Like a Melody | Interview : Last Train – « On se laisse dix ans pour faire le monde, ensuite on s’attaquera à l’espace ! »

L’Allemagne, la Suisse, le Japon, l’Espagne, la France entière… En ce jeudi 9 novembre, les nouveaux ambassadeurs du rock français nous font l’honneur de performer au Chabada de Angers. Nous t’en parlions déjà ici et ici. Leurs précédents EP ont su t’embarquer dans un road trip de l’Alsace à la West Coast des États-Unis. Ce soir, c’est avec “Weathering” sorti en avril dernier, que Jean-Noël (chant, guitare), Julien (guitare), Tim (basse) et Antoine (batterie) transpireront plus que jamais le rock’n’roll.
Prix des Inouïs du Printemps de Bourges, lauréats du Fair, premières parties de Johnny Hallyday, Muse ou encore Placebo. De nombreuses choses ont évolué depuis le collège. Génies plein d’espoir, à la conquête du monde et de l’univers, pourtant bien accrochés à “la vie réelle”… Séance de bavardage avec la famille Last Train.

_Aviez-vous un fil conducteur pour réaliser cet album ?

Jean-Noël : Le fil conducteur de l’album a été la vie qu’on a commencé à mener il y a trois ans. Disons que le point B peut être à la sortie de l’album parce qu’on a composé, enregistré, mixé et arrangé cet album sur la route, sur trois ans de tournée. Sur trois ans où finalement on a beaucoup grandi. On avait dix-huit ans quand on a écrit nos premiers titres. Là on en a vingt-deux, vingt-trois. C’est une période importante dans la vie de quatre mecs, de quatre meilleurs potes. Donc le fil conducteur a été le fait qu’on grandisse, la tournée, toutes les expériences de la vie.
Julien : Parfois il n’y a peut-être pas besoin d’un fil conducteur écrit. Il se crée naturellement.
J-N : Il y a vraiment une nette différence entre les premiers morceaux qu’on a écrit et les derniers. Au début, on les faisait parce que ça nous faisait kiffer de faire de la musique. Maintenant, on écrit parce qu’on en a besoin, parce qu’on a besoin de poser des choses sur papier. Les musiques prennent de plus en plus de sens et ce n’est pas simplement un morceau balancé comme ça.

_Avec l’habitude, on devient plus précis sur certains points ?

Last Train : Plus exigeant ouais.
Tim : Les envies, comme dit Jean-Noël, ont commencé tôt, on était jeune. C’était une première expérience studio finalement. On ne sait pas ce qu’on veut, on apprend… À un moment on voulait quelque chose de très précis, six mois plus tard on voulait autre chose. C’est super intéressant de voir cette évolution et comment est-ce qu’on grandit.

_’Fragile’, ‘One Side Road’, ‘The Holy Family’, ‘Leaving You Now’ n’apparaissent pas sur l’album. Est-ce une question d’esthétique ?

J : On les a sucrées voilà !
Antoine : Il y a un moment où tu dois choisir ce que tu laisses ou pas. C’était vraiment histoire de faire un tout cohérent.
J : Chaque choix on peut l’expliquer. Pour certaines chansons, on a considéré qu’elles étaient sorties sur un EP et que c’était bien.
A : Pour conserver aussi l’intérêt des EP.
J-N : Il y a un EP éponyme à chaque fois. The Holy Family, une chanson s’appelle comme ça. Fragile aussi. Finalement ces deux chansons, qui sont les titres éponymes des deux EP, ne se retrouvent pas sur l’album parce que justement on voulait conserver ce truc là. Ça rend les chansons un peu précieuses. Aujourd’hui, on ne les joue pas tout le temps en live. Tout comme il y a des chansons de l’album qu’on ne joue pas en live. On peut favoriser, par exemple, une chanson composée il y a cinq ou six ans pour ne pas s’installer dans un truc un peu chiant où on sort un album, on joue les musiques de l’album et on joue la même set-list tout le temps. On l’a fait pendant une période, maintenant on s’amuse à changer.
T : Souvent quand on suit les groupes qu’on kiffe à fond, tu regardes toujours le premier, le deuxième album. Tu ne fais pas spécialement attention aux EP qu’ils ont faits avant ou à côté et je trouve ça cool ! Tu as des petites pépites… Quelqu’un un jour, si ça se trouve on aura trois albums, verra en live Fragile et se dira “oh putain il est où ce morceau” alors que c’était dans le premier EP, avant le premier album.

_’Dropped by The Doves’, dites-moi si je me trompe, parle de votre parcours pour en arriver là. Vous n’auriez pas toujours choisi le soit-disant “bon chemin”. Et finalement voilà où ça vous a mené…

J : Ouais, c’est bien ça !
J-N : Tu fais l’interprétation que tu veux. Si c’est ce que tu as compris…

_Le texte de ‘Jane’ serait, semble-t-il, inspiré de Calamity Jane. Une héroïne donc ?

J-N : Ahah… J’ai écrit les paroles de ‘Jane’ après avoir regardé le film God Bless America. C’est l’histoire d’une p’tiote de dix-huit ou seize ans qui pète un plomb, à cause du système, de la société, de tout ce qui se passe aux États-Unis mais aussi des shows télé. Tous les trucs pré-faits qu’on a envie d’intégrer dans la tête des gens. Elle pète un câble et décide de buter toutes les personnes qui favorisent ce système là. C’est un film que j’ai adoré et qui m’a inspiré cette histoire. Je trouve ça cool cette héroïne féminine qui est un peu dans la violence gratuite.

_’Golden Songs’, la balade coup de coeur de Like A Melody (suivie de près par Weathering)… Donnez-moi votre ou vos golden songs.

Last Train : Ah super ça !
J-N : Je choisis ‘Many of Horror’, un gros single de Biffy Clyro. Sans doute plein de tunes mais une super chanson tragique et trop belle. Pour moi, l’une des meilleures chansons qui aient été composées ces dix dernières années.
T : Moi je vais dire… De Spiritualized, ‘Lay It Down Slow’. Trop trop beau ! Pour la petite histoire, c’est le morceau de fin de la saison 4 de Prison Break. Il est juste ouf en fait ! Le morceau commence et c’est un piano genre piano à queue avec un Wurlitzer et les deux claviers qui se mélangent, je trouve ça super beau quoi !
J : Moi, ce serait ‘Downtown’ de Majical Cloudz.
T : J’ai failli dire ça aussi !
J : Présent dans la série The OA que j’ai regardée avec mon meilleur ami et, pourquoi pas, mon homme Jean-Noël Scherrer !
A : Et moi je dirais ‘Wake Up’ de Arcade Fire. Une très belle chanson, j’aime beaucoup, on aime bien tous d’ailleurs.

_Y a-t-il des moments en tournée où vous vous sentez un peu comme dans ‘House On The Moon’ ?

A : Wow, on dirait presque une séance de psy !
J-N : ‘House On The Moon’ est une chanson d’amour donc dans l’idée…
J : On est des fois amoureux ou on aimerait bien l’être… Il y a ce chagrin qui revient… (rire) En tournée, on a tous des phases que personne ne sait trop. On se les cache un peu aussi. On est des fois triste, des fois heureux. C’est la vie en même temps… Mais peut-être que les sentiments sont décuplés, pour ma part en tout cas.
T : Il y a un côté toujours à fond. On est sur la route, on ne dort pas forcément beaucoup, on est toujours ensemble dans un espace réduit. Ouais les sensations et les émotions peuvent être…
J-N : La tournée laisse très peu d’intimité. Ce n’est pas de la routine, je n’aime pas du tout dire ça, mais les journées peuvent se ressembler. Il y a toujours un planning, un horaire d’arrivée, on décharge le van, on monte le matos, on fait les balances. Maintenant ça roule tellement bien qu’au balance on arrive au dernier moment. Enfin moi, je sais que j’ai plus qu’à jouer de la guitare et c’est parti. Il y a des trucs comme ça qui font que c’est particulier. Sachant qu’on le fait cent vingt fois par an, plus la promo, c’est vite chronophage. Ça te conditionne et tu as peu de temps pour toi. Comme le disait Julien avant, on vit plein de trucs, on se connaît tous par coeur, on partage absolument tout avec transparence. Mais c’est vrai qu’il y a certaines choses qu’on ne se dit pas forcément, on les vit chacun dans notre coin. On sait juste que c’est là. Et l’amour peut en faire parti.

_Vous avez fait l’acquisition d’un tourbus, ça change du van ? C’est comment ?

Last Train : Ah oui mais non en fait… C’était juste une petite formule pour se la péter !
J-N : On a tourné en tourbus il y a trois ou quatre semaines mais juste pour une semaine.
A : Mais on peut te dire que ça change !
J-N : C’est un autre trip. Je ne pense pas qu’il y ait quelque chose de mieux ou de moins bien. Physiquement et psychologiquement c’est tout aussi intense.

_L’Inde, très bientôt pour neuf dates, la Belgique, vous revenez du Japon. Quels sont les prochains pays que vous souhaiteriez conquérir ?

Last Train : Tous !
J : Le monde, parce qu’il y a beaucoup de pays. Et pourquoi pas s’attaquer aux autres planètes ?
J-N : On se laisse dix ans pour faire le monde, ensuite on s’attaquera à l’espace !
J : On va s’en doute essayé de se faire Hybernatus, de se faire congeler…
T : On va essayé de se faire Hybernatus ?
J : Non mais ouais c’est un film avec Louis De Funès !
J-N : Comment ça s’appelle ? C’est se faire…
J : …Cryogéniser pour pourquoi pas revenir dans cent mille ans !
A : Au départ ça partait d’une blague de dire “le monde”. En fait on se rend compte qu’on aime beaucoup tourner dans d’autres pays où l’on n’a jamais joué. C’est super cool !
J : Pour répondre sérieusement, tous les pays sont… L’Amérique du sud, j’ai de la famille qui y était, ça doit être trop bien ! C’est une chance de pouvoir voyager en faisant de la musique.
A : Dès qu’on nous le propose, on fonce.

_Y a-t-il des publics qui reçoivent votre musique différemment ?

A : Non c’est la même chose. De toute façon, on fait du rock donc les gens qui viennent nous voir ont déjà écouté ce genre de musique. On ne s’est jamais retrouvé à jouer dans la savane face à des pygmées qui, pour le coup, la recevraient peut-être différemment…
J-N : Enfin demain on joue à Laval… Si ça se trouve ce sera un peu la même !
A : Globalement c’est à peu près reçu partout pareil.
J : On joue face à la même espèce qui est l’être humain donc, en tant que citoyen du monde, les gens réagissent… Enfin c’est l’universalité de la musique. Peu importe face à qui tu es.

_Une soirée hors tournée pour Last Train ressemble à quoi ?

J-N : Vu qu’en tournée on aime bien faire la fête… J’avoue que quand on rentre chez nous, on fait plutôt la fête quoi. On a vingt-deux et vingt-trois balais, on aime sortir dans les bars, voir les gens, discuter, refaire le monde.
J : On fait des soirées comme des gens normaux. Des soirées dans les apparts, ensuite on va dans des bars, des fois… Je disais que c’était de la frappe parce que, généralement, en tournée on a des…
A : Tu as la pression du lendemain. Tu te dis que oui tu teuf mais le lendemain il faudra te lever tôt.
J-N : Je ne sais pas si c’est devenu une pression. Mais le fait d’être dans, j’appelle ça “la vie réelle”, tu rentres, tu vas faire une soirée dans un appart, tu achètes ton alcool avant d’y aller… Tu dois te démerder pour rentrer chez toi, t’as pas forcément le sam qui va être là. C’est la vie réelle quoi ! Et puis c’est cool, tu t’endors dans ta salle de bain…
T : Des trucs normaux comme aller au ciné un soir, se mater un film.
J : Ou on traîne dans des bars ! On revient toujours là-dessus !
J-N : De manière générale c’est vrai qu’on aime bien sortir. On aime aussi chiller sur Netflix. Tout ça c’est cool, mais on est plusieurs à habiter à Lyon, on a plein de potes à Lyon. Ça nous fait trop plaisir d’être de retour, de se sentir à la maison. Vu que ça dure en général deux jours dans la semaine, on se dit c’est trop bien et on en profite quoi.
T : Il y a un côté comme en tournée où tout va vite. On est là pour trois jours et on se dit “qu’est ce qu’on fait les trois jours”. En général on dort pendant un moment. Mais après tu ressors !

_Quel est le prochain rêve quand on a atteint un tel niveau ?

J : Celui que nous ferons ce soir en allant se coucher, parce que nous rêvons toutes les nuits. Nous sommes toujours des enfants.
A : Il y a encore plein de trucs à faire en fait !
J : Comme je disais, avec les trois cent cinquante nations qu’il y a sur terre…
A : Déjà ce soir, c’est complètement ouf qu’il y ait quatre cent cinquante personnes. C’est vraiment fat ! C’est super chouette !

_Vous vous en rendez compte donc ?

Last Train : Ah ouais ouais !
A : C’est pour ça que la question me fait sourire quand tu dis “après tout ce que vous avez déjà fait”. On a vingt-trois ans, on a encore plein de trucs à faire !
J-N : Puis on est venu de loin. De tous petits villages où l’on jouait devant dix personnes. On jouait dans plein de bars. On sait ce que c’est de faire de la musique et d’en chier à donf. De le faire par pure passion, tout seul, en pote et se dire “ce soir il y avait dix personnes mais c’était trop cool”. On le sait donc, aujourd’hui, avoir cent fois plus de personnes dans une salle de concert alors qu’on est tout sauf près de chez nous, c’est chantmé ! On est accueilli, on a un repas…
J : On est toujours avide de nouveaux objectifs. Par exemple les Eurockéennes, le festival tout près de chez nous, on l’adore depuis qu’on est enfant. C’est une grosse fierté d’y jouer. On a joué sur l’une des plus petites scènes, qu’est déjà une super grande scène. Mais, on se dit “putain on vient dans trois ans et on fera une scène un peu plus grande”. Je pense au Summer Sonic, à Tokyo, c’était aussi la plus petite scène et on se disait “ce serait trop fat de revenir dans trois ans, de rejouer à Tokyo”.
J-N : En fait ça ne s’arrête jamais.
J : Là le Chabada ne va forcément pas être complet ce soir. La salle est très grande. On reviendra, on fera complet.
T : D’une manière générale, dans la vie, on est des gens super curieux, assez ouverts à la découverte de plein de choses. Même les moments où l’on est en off à Lyon, ou ailleurs en voyage, on a encore des milliers de choses à apprendre et à vivre. On peut nous le souhaiter.
J-N : On est tout sauf des blasés de la vie.
T : Ce n’est pas parce que là on est un peu claqué. Tu nous as pris après le repas… Mais on n’est pas du tout blasé !
J : La vie, on la kiffe à mort !

_Pour finir, que pensez-vous de la scène émergente française, un vaste sujet ?

J-N : C’est chantmé ! Vraiment très très cool ! On est des gros consommateurs de musique. On adore donc on en écoute tout le temps. On se fait chier à découvrir des tous petits groupes, à acheter les disques ou les télécharger illégalement pour Antoine (rire). On en connaît beaucoup, qu’ils soient français ou mondiaux, que ce soit des groupes de potes qui ont sorti un EP. On les connaît bien mieux que des classiques genre Joy Division, Black Sabbath. On ne les a jamais écoutés alors qu’il y a des petits artistes, perdus au fin fond de Manchester, qu’on connaît par coeur. Le constat c’est que c’est chantmé. Il y a constamment des nouvelles musiques. Il n’y en a jamais eu autant parce qu’en 2017, l’accès est possible grâce à Youtube, Spotify… On est admiratif de tout ce qui se passe. On est tout sauf défaitiste par rapport à ça.
J : Tout le monde est défaitiste “les gens peuvent faire de la musique plus facilement, ils la font moins bien”. On entend des conneries tout le temps… Mais c’est positif, c’est bien ! Les gens, exprimez-vous !

_Et les chansons commerciales ?

J : Ah oui mais celles-ci, il faut les mettre de côté ! Quand c’est commercial tu ne les écoutes juste pas.
J-N : On écoute des trucs péraves de temps en temps et on est content. Au bout d’un moment, tu emmagasines plein de choses et ça te permet de prendre du recul, de comprendre pourquoi tu vas aimer, pourquoi ça va être un truc “commercial”. Je ne suis pas persuadé, si je fais écouter à ma mère un truc que je vais trouver quali et un autre moisi, qu’elle sache faire la diff et qu’elle puisse expliquer pourquoi. Mais comme on est des gros consommateurs, au bout d’un moment tu te fais ton avis et tu arrives à comprendre pourquoi ç’est bien ou moins bien. Tu peux aller chercher le bien dans les trucs commerciaux et le moins bien dans les trucs que tu es censé vénérer. On est les premiers avec le rock, le hard-rock, tous les classiques, à dénigrer tout le temps et à chercher “ça c’est trop beauf, c’est trop cliché, c’est nul”. On fait du rock mais on écoute plus des musiques en dehors du rock.
J : Des fois dans un bon Katy Perry, il y a…
T : Putain, il se passe des trucs de ouf dans un bon Katy Perry !
J : Il y a des beaux accords et tout.
J-N : Je pense que le gros danger est de mettre des oeillères, de dire “nous on fait du rock donc on écoutera que du rock”, “le rock est mort, c’était mieux avant”. Non, il faut rester ouvert d’esprit et écouter le maximum de choses possibles !
A : La musique à 360°.

Merci Last Train et bon concert !
On se retrouve pour un petit live report version “claque dans ta gueule”.

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