Like a Melody | Chronique : J. Bernardt – Running Days


On est quand même plutôt bien entourés, en France. Regardez pour voir, juste au nord : la Belgique. Le pays qui n’a plus à prouver la qualité géniale –entendez par ça, découlant du génie– de ses artistes. Et pourtant, ils tiennent encore à nous régaler même quand on est déjà à genoux devant eux. Prenez par exemple une de leurs mascottes nationales : les géniaux Balthazar. Trois albums époustouflants et des dizaines de tournées plus tard, aux concerts tant remarquables qu’on ne saurait leur attribuer le moindre défaut, tous se sont réservé une pause pour s’adonner à des projets plus personnels.
La violoniste reste en orchestre, le bassiste nous fait découvrir sa voix en lead au nom de Zimmerman, le chanteur à la voix rocailleuse Maarten Devoldere nous offre un album incroyablement beau en fin d’année dernière sous le pseudonyme de Warhaus, accompagné du superbe batteur de Balthazar, et le petit dernier, Jinte Deprez, nous fait cadeau de son trésor à lui le 16 juin dernier, au nom de J. Bernardt, avec l’album « Running Days ».

Ayant toujours énormément apprécié sa voix et sa prestance en live au sein de Balthazar, j’attendais avec impatience ces dix titres. Un teasing très réussi de quatre singles dévoilés au fil des semaines (‘Calm Down’, ‘The Other Man’, ‘Wicked Streets’ et ‘On Fire’) amorce à l’hiver dernier la mise en bouche.
‘Calm Down’, que l’on retrouve en deuxième position de l’album, est le choix sans risque, un tube d’à peine trois minutes (un format finalement très rare parmi ces dix titres). Un morceau riche mélodiquement où l’on reconnaîtra toute la recette de J. Bernardt : des mélodies fredonnées à répétition aux patterns et percussions exquis, en passant par une dextérité vocale délicieuse, ‘Calm Down’ avait annoncé ce que l’on devait attendre de « Running Days », sans vraiment se mouiller pour nous réserver de belles surprises.
‘On Fire’, titre d’ouverture de l’album dévoilé un mois avant sa sortie, nous fait déjà plus plonger dans le côté minimaliste des beats de J. Bernardt. Mais fidèle à la recette, on se retrouve encore dans une mélodie ingénieusement menée, ainsi qu’au format plus récurrent des morceaux de l’album : une évolution de cinq minutes, inlassable et qui paraîtra même trop courte.
La palme d’or dans ce domaine de la construction des morceaux revient tout de même à ‘The Other Man’, troisième titre de l’album, sorti en janvier dernier. Morceau de six minutes exquises, roi du minimalisme, qui démontrera avec brio tout le talent du belge. Ce titre qui a tourné dans mes oreilles un nombre incalculable de fois aux petits matins de cet hiver a toujours honoré son rôle, sans la moindre lassitude. C’est sûrement le bon morceau pour préciser que les sons minutieusement choisis par J. Bernardt, eux non plus, ne déçoivent jamais. Du son des claviers aux percussions, minimalisme d’accord, mais à force de tendre l’oreille, on recueille une générosité débordante et une attention aux détails assez fascinante.

En parlant du choix des instruments, impossible de ne pas être interpellé par le captivant ‘The Question’, porté par une mélodie orientale servie par un instrument du même continent. Là aussi, la mélodie du refrain fonctionne à la perfection et s’inscrit immédiatement dans les lignes du cerveau. Recette inchangée et fidèle que l’on retrouvera également dans ‘The Direction’, morceau qui saisit instantanément grâce à l’alliance des fredonnements, des samples et de l’envoûtement langoureux de cette voix aux ressources inépuisables. Les paroles ne déçoivent pas non plus, après les nombreux mariages de mots qui m’ont toujours séduite chez Balthazar.
On sent à travers tout l’album un DIY et une spontanéité de composition impressionnantes et plus qu’évidentes, autant à travers les titres aux allures de tubes dansants que les plus calmes, comme par exemple dans ‘My Own Game’ qui calmera le jeu mielleusement juste après ‘Wicked Streets’. Sacré titre que celui-ci, à la hauteur de son clip magnifique et très touchant, emportant quiconque y goûtera dans une mélodie infatigable et saisissante dès la première écoute. La fidèle recette à son point culminant.

Pour calmer les battements de nos cœurs épris de l’assaut généreux de ces tubes élégants, l’interlude ‘High Low’ joue décemment son rôle avec une charmante voix féminine en quelques phrases sur deux minutes d’entracte, portée par les chœurs savoureux de J. Bernardt. On retrouvera aussi ‘The Motel’ en avant-dernière position, qui se contentera de trois minutes instrumentales guidées par quelques sobres notes de piano à la nonchalance parfaitement orchestrée, en duo avec une ligne de trompette ensorcelante.
Calmer le tout juste avant le titre ultime de l’album, c’est une formule qui a plus d’une fois prouvé son efficacité par le passé ; on comprendra encore pourquoi grâce à ‘Running Days’, titre éponyme de l’album qui clôture brillamment ce premier opus de J. Bernardt. Morceau qui m’avait aussitôt interpellée lors du live à la Maroquinerie deux semaines avant la sortie de l’album : « celui-là, dès que l’album sort, je me le mets en boucle ». Et comme J. Bernardt ne déçoit jamais, ni en studio, ni en live, au contraire, c’est précisément ce qu’il s’est passé le 16 juin dernier. ‘Running Days’ est une clôture jouissive qui réunit toutes les armes du disque et démontre encore une fois l’habilité du chanteur à construire son morceau en provoquant à la fois la surprise et la satisfaction. Une satisfaction toujours au-delà de celle à laquelle on s’attend. Car l’outro de ce morceau-là est étourdissante et sa répétition est ingénieusement pensée et exécutée. “Burning all the time, trying to catch your wave length – Burning all the time, …”. Encore une fois, la puissance des cuivres ne fait qu’intensifier l’étourdissement que provoque ce dernier morceau. Alors que l’on est au climax de notre adoration lors de ces dernières vingt secondes, une fin si brusque ne peut qu’en être frustrante. Et c’est là que le replay intervient. Encore, encore, encore.

Avec cet album riche et généreux, J. Bernardt s’est écarté du côté indie rock de Balthazar et a construit son univers personnel avec une aisance suprême et captivante. L’utilisation de la voix est prenante et l’orchestration du tout positionnera officiellement notre belge sur une lignée royale, tant on en ressort irrémédiablement séduit, grâce à une collecte de sons et de mots absolument jouissive.

À retrouver en France le 19 octobre au Grand Mix de Tourcoing, le 20 octobre au Point Éphémère de Paris et le 21 octobre au Krakatoa de Mérignac.

Ma sélection :
‘The Other Man’
‘Running Days’
‘Wicked Streets’
‘The Direction’

Pour retrouver J. Bernardt :
Website : 
http://jbernardt.com/
Facebook : https://www.facebook.com/JBernardtmusic/
Deezer : http://www.deezer.com/album/41264511
Youtube : https://www.youtube.com/channel/UCZ9YR_xnFoZxBvb3D07ywKg

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