Like a Melody | Live report – Hellfest 2017 – Day 2 – 17/06/2017

Utlra Vomit

Il est un peu plus de midi, on commence à peine à se réveiller, mais pourtant l’esplanade devant les Mainstages est déjà remplie. Les coupables, ce sont des français qu’on adore, et qui reviennent cette année avec un nouvel album : Ultra Vomit. Neuf ans après « Objectif Thunes », l’album « Panzer Surprise » a fait l’effet d’un boulet de canon en tournant à la parodie tous les grands classiques du metal. Mais attention, parodie ne veut pas dire reprise cheap un peu gênante. Non avec Ultra Vomit on est assuré d’avoir toujours de la qualité, le résultat est même parfois meilleur que l’original !

Après une intro sur le thème des Looney Tune, on commence avec ‘Dary Cowl Chamber’, puis comme nous étions un peu dissipés, Fetus nous apprend ‘Les Bonnes Manières’. La setlist sera dominée par les titres de « Panzer Surprise » parmi lesquels ‘Calojira (subtile mélange de Calogero et de Gojira), ‘Takoyaki’ (tout droit venu du Japon), ou encore ‘Kammthaar’ (deutsche qualität). « Objectif Thunes » sera également bien représenté, avec notamment ‘Quand j’étais petit’ – où Fetus prendra sa casquette de meilleur imitateur de Lemmy au monde – et bien sûr ‘Je collectionne des canards’… mais que serait un concert d’Ultra Vomit sans canards me direz-vous ? Aucun titre de « Monsieur Patate » en revanche. Manque de temps ou volonté de groupe de se défaire de ses racines grindcore ?

Côté public, l’ambiance est au rendez-vous, avec entre autres un magnifique ‘Ch’nille’, ainsi qu’un magistral wall of chiasse pendant le titre ‘Pipi vs Caca’. On remerciera également d’ailleurs Fetus de penser aux fans internationaux lors de ses prises de parole (« For zoze ov you hou donte spique fwench… ») !

‘Evier Metal’ viendra conclure le concert, avec ses paroles criantes de vérité et ses riffs bien heavy (enfin évier). Rarement Ultra Vomit n’avait joué devant un public aussi nombreux, et pourtant ils ont été au top du début à la fin : un succès bien mérité ! En fait, ils ont tout compris au principe de la parodie : ils font les choses sérieusement, mais sans se prendre au sérieux. Je vous laisse méditer là-dessus, vous avez quatre heures.

Steel Panther

Autant le dire tout de suite, Steel Panther est un groupe qui divise. Pour certains, c’est une bande de guignols insupportables et sans talent. Pour d’autres, c’est une curiosité, rien de plus. Et enfin pour le reste – dont je fais partie – c’était LE groupe à ne pas manquer cet après-midi.

La foule devant la mainstage est immense. Un rugissement se fait entendre. Ça y est, ils entrent en scène ! Leggings flashy, perruques : pas de doute, ce sont eux ! Les gars attaquent directement dans le vif avec ‘Eyes Of A Panther’, bien décidés à nous transporter le temps d’un concert dans les années 80, à l’âge d’or du glam metal !

La comparaison avec le glam est un peu trop facile cependant : si les codes stylistiques et vestimentaires du glam sont exploités à fond, leur musique se rapproche beaucoup du heavy metal et surtout du metal néo-classique, notamment grâce au style de jeu impressionnant de Satchel (guitare).

Le son est impeccable. Il n’y a pas une fausse note. Satchel est très clairement la pierre angulaire du groupe : son jeu de guitare rapide et mélodique apporte une réelle identité, et il a l’air de jouer avec une facilité déconcertante (malgré quelques distractions !). Michael Starr fait étalage de ses capacités vocales, qu’il tiendra sans problème pendant tout le concert tout en assurant une présence scénique digne des plus grands. Stix Zadinia est imperturbable derrière les fûts, frappant avec régularité et efficacité. Quant à Lexxi Foxx, son personnage de victime ne l’empêche pas de délivrer d’excellentes lignes de basse.

Nous arrivons à la moitié du show, il est temps d’apporter un peu de douceur à cette journée, avec la merveilleuse ballade sentimentale qu’est ‘Community Property’. Le public se laisse aller à reprendre en cœur ce magnifique refrain « My heart belongs to you… My love is pure and true… But my c*ck is community property ». C’est beau ! S’en suivra le traditionnel ‘17 Girls In A Row’ à l’occasion duquel, comme il est coutume, un nombre indéterminé de spectatrice se verront octroyer l’honneur de monter sur scène avec nos quatre compères. Les curiosités touristiques françaises pittoresques seront ensuite célébrées avec ‘Gloryhole’, puis le show se terminera sur l’incontournable ‘Party All Day’, aux accents très Bon Joviesques.

Non, Steel Panther n’est pas un groupe de guignols. Musicalement, ils assurent. Scéniquement aussi : leurs concerts sont de vrais shows. Ils prouvent une fois de plus qu’on peut faire des concerts en legging léopard poutre apparente avec des perruques sur la tête en parlant de cul de la manière la moins raffinée qui soit, tout en gardant une solide crédibilité musicale. En fait, c’est même à ça qu’on reconnaît le talent de Steel Panther : avec un concept comme le leur, 90% des groupes se seraient plantés. Pas eux. Eux ils assument jusqu’au bout, et font les choses bien. Et ça marche !

Airbourne

C’est au tour d’Airbourne, les dignes héritiers du Hard Rock Australien ! Leur réputation sur scène n’est plus à prouver : pas de chichi, pas de fioriture, des guitares, un mur d’amplis Marshall et c’est parti !

Le temps imparti est assez court, c’est pourquoi la setlist sera très centrée sur le nouvel album « Breaking Outta Hell », avec quelques classiques comme ‘Ready To Rock’, ‘Live It Up’, ou ‘Running Wild’. On retrouve les gimmicks classiques du Joel O’Keefe et sa bande : ouverture de cannette de bière à coup de tête, balade dans le public sur les épaules d’un kangourou (certains vous diront que c’était en fait un gars déguisé en kangourou : ne les croyez pas), etc. Mais surtout, sous les yeux inquiets du staff, Joel grimpera à mains nues au sommet de la mainstage jouer son solo à trente mètres de haut ! Bref, Airbourne, c’est du rock à l’état pur, rien d’autre ! Une heure de pur plaisir !

Apocalyptica

Ce groupe de metal finlandais est un peu spécial : ils ont pour seuls instruments des violoncelles. Ils se sont illustrés à leurs débuts en jouant des reprises de Metallica, puis ont embrayé quelques années plus tard sur des compositions originales. Ce soir, ils se produisent sur la mainstage 2 du Hellfest à un horaire plutôt confortable : le samedi soir en pré-tête d’affiche. Est-ce un choix délibéré ou une contrainte, mais leur setlist sera constituée uniquement de reprise de Metallica.

Il faut bien avouer que passé l’effet de curiosité lié à la particularité du groupe, on s’ennuie vite, car le résultat est très monocorde.  L’apparition furtive d’un batteur viendra apporter un peu de dynamisme au concert, qui retombera très vite lorsqu’une odieuse boîte à rythme viendra le remplacer.

Ce concert avait donc tout d’une erreur de programmation. C’est le genre de groupe auquel on va jeter une oreille en journée pendant quelques minutes, mais qui n’est clairement pas fait pour jouer une heure juste avant la tête d’affiche.

Aerosmith

C’est la deuxième fois que les géants américains d’Aerosmith viennent se produire au Hellfest. En 2014, ils avaient donné un concert extraordinaire. À l’époque, j’étais malheureusement assez mal placé, trop loin pour en profiter pleinement. Fort de cette expérience, je me mets cette fois en place bien en avance, face à l’avancée de scène. Après un concert d’Apocalyptica assez oubliable, c’est au tour d’Aerosmith.

La setlist sera sans grande surprise, reprenant la plupart des classiques dans un show à l’américaine grandiloquent, mais pas exceptionnel. Côté chant, on sent de la fatigue dans la voix de Steven Tyler. Le concert sera ponctué de quelques couacs musicaux qui, s’ils n’entravent pas le déroulement du show, sont suffisamment flagrant pour être remarqués.

En résumé, le concert d’Aerosmith était bien. Et c’est tout. Il était bien, parce que joué par des gens qui ont une expérience colossale de la scène et des shows. Mais c’est tout. Pas de complicité entre les musiciens, pas d’interaction avec le public, pas de plaisir communicatif, pas de prise de risque. Ils ont fait leur job, et ils l’ont fait correctement, mais sans aller plus loin. Petite déception donc, même si on ne va pas se mentir : voir Steven Tyler et Joe Perry jouer dix mètres devant soi sur l’avancée de scène, ça reste impressionnant !

Kreator

Il est une heure du matin. Après un show d’Aerosmith éprouvant, tout le public présent devant les mainstages semble tranquillement se diriger vers la sortie. Cependant, au milieu de cette foule, certains ont choisi le chemin inverse, et se faufilent tant bien que mal vers la Mainstage 2. Car la journée n’est pas finie, loin de là. Je me fraye donc un chemin jusqu’au-devant de la scène, qui est maintenant prête à accueillir un de mes groupes de thrash metal favoris : Kreator.

‘Choir of the Damned’, l’intro classique du groupe depuis l’album « Pleasure To Kill », retentit. Dans la fosse, le public retient son souffle : c’est le calme avant la tempête. Mille Petrozza et sa bande entrent sur scène, et entonnent le riff d’intro ravageur de ‘Hordes Of Chaos’. La fatigue accumulée sur deux jours de festival disparaît d’un coup. La fosse n’est pas encore pleine mais déjà le mosh pit est formé. Puis on enchaîne : ‘Phobia’, ‘Satan Is Real’… Le dernier album, « Gods of Violence », sorti en janvier dernier, est largement représenté dans la setlist.

Les gars sont des monstres de rythmique, leur son est retransmis à la perfection, l’ambiance dans le pit est vraiment ultime. En fait, ce qui fait la force de Kreator en live, c’est cette capacité à ne pas tout balancer d’un coup. On a des passages calmes, très mélodiques, qui s’alternent avec les parties de thrash metal pur et dur en renforçant leur efficacité. Pas non plus de blast beat constant, mais des changements de rythmes savamment orchestrés et bien plus efficaces. Tout cela fait que la musique de Kreator possède une telle capacité à soulever les foules que circle pit et wall of death se forment naturellement, quasiment sans intervention de Mille Petrozza. Le groupe joue aussi beaucoup sur les effets pyrotechniques. Honnêtement, c’est superflu. Leur musique suffit largement, pas la peine d’en rajouter des tonnes.

‘Mars Mantra’ marque un peu de répit, mais qui dit ‘Mars Mantra’ signifie ‘Phantom Antichrist’, et la deuxième partie du concert commence. S’en suit un très beau moment avec ‘Fallen Brothers’, rendant hommage aux artistes musicaux décédés ces dernières années. Le groupe tire sa révérence après l’excellent ‘Civilization Collapse’… avant de revenir pour un rappel de deux titres seulement, mais pas des moindres : ‘Violent Revolution’, et enfin le tant attendu ‘Pleasure To Kill’, véritable hymne dont la brutalité primitive n’a d’égal que l’efficacité hors norme. C’est terminé, on a déjà tout donné, mais on en voudrait encore.

En fait, Kreator c’est comme le bon vin : ça se bonifie avec le temps. Là où d’autres groupes du genre (non, on ne vise personne !) préfèrent se reposer sur leurs acquis et demander des cachets toujours plus exorbitant, Kreator réussit après trente-cinq ans de carrière à sortir des albums toujours meilleurs les uns que les autres, et à donner des concerts dantesques !

Quand il s’agit de thrash, on nous bassine souvent avec le « big four », soi-disant composé de Metallica, Megadeth, Slayer et Anthrax. Ce soir, nous avons assisté en direct à la démonstration de l’absurdité de ce classement. En fait on pourrait même imaginer un « big one », composé de Kreator uniquement, tellement ce groupe est bon.

« Hellfest, the Kreator will return !! » On espère bien, et on l’attendra de pied ferme !


Crédit photos : Lola Photographies – Laurence Amielh / Photos non libres de droits.

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