Like a Melody | Billet d’humeur : Les Femmes dans la Musique

Cette semaine, c’est la semaine de la femme, semaine où la femme est mise à l’honneur à travers différents rendez-vous, notamment culturels ; mais pourquoi ne se contenter que de cette semaine-là ? Les femmes, c’est assez incroyable, et ça se fête tous les jours, comme pour tous les humains, et la musique nous le démontre sacrément bien.
Alors pour mettre les femmes à l’honneur à notre façon, voilà un petit focus sur quelques artistes féminines de la scène française qui méritent grandement une attention particulière, autant sur le point artistique qu’humain. Mais attention, féminine ne sous-entend pas féminité : on va parler des femmes, et qu’elles soient en robe ou en smoking, on s’en fout complètement, car ce sont des femmes, chacune à leur manière, et toutes celles qu’on va vous présenter ont plus de chatte que la plupart des hommes dans le milieu ont de couilles.

FISHBACH
On va commencer violemment avec une personnalité très forte et une sacrée révélation sur la scène française : la géniale Fishbach. Un album merveilleusement réussi et une humaine absolument passionnante rien qu’à l’écoute de son expressivité et de son écriture. Si le projet marque autant les esprits, c’est bien grâce à un tout qui réunit la musique et la femme qui la fait vivre : une singularité comme on en voit très rarement. Pour illustrer cette personnalité dont je suis immédiatement tombée folle, j’ai choisi un live où on retrouve Fishbach à 200% de sa forme avec toute son audace et sa sincérité irrésistible, le tout dans ‘Éternité’, excellent titre issu de son premier album. (désolée pour le plateau télé, ça s’oublie vite en se concentrant sur elle).


NORMA

Artiste précédemment chroniquée chez Like A Melody pour son superbe premier EP « Badlands », s’il y a quelque chose que Norma incarne, c’est bien la sensualité. On la remarque pour beaucoup de grandes qualités, que l’on ne retrouve pas souvent si naturelles : une sincérité débordante, une envie et un laisser-aller dans le plaisir, une saisie du moment assez incroyable, et j’en passe. Avec tant de belles choses notables à l’écoute de l’EP comme dans les vidéos live, Norma est en très bonne voie pour devenir une vraie figure, une artiste complète qui, au-delà de son excellente musique, se dessine une personnalité visuelle et esthétique à la perfection, le tout dans l’importance de rester elle-même, et cette elle-même nous plaît beaucoup. La preuve dans cette session live intimiste et très touchante :


DOROTA de THE BLIND SUNS

Dans les Blind Suns, il y a deux hommes et une femme. Personne ne prend trop de place, pas de dominant(e), pas de soumis(e), et Dorota, la chanteuse, sait se mettre à l’honneur grâce à sa prestance incroyable, sa voix inimitable et son expressivité qui font sacrément du bien en live. Comme les deux artistes citées précédemment, en plus de co-écrire des morceaux très très bons et des paroles délicieuses, cette femme sait en imposer et n’en a pas peur, sans non plus s’en vanter, et c’est parfait. Preuve à l’appui :

The Blind Suns seront d’ailleurs au festival Les Aliennes de Paris ce samedi, à l’occasion de la semaine de la femme.

CAMILLE DE GRAND BLANC
Dans Grand Blanc il y a deux voix, si différentes mais complémentaires. La voix féminine c’est Camille, et Camille, c’est une voix putain de particulière de par la justesse de ses émotions, sa façon de manier les mots et ses paroles toujours aussi excellentes. On la voit en sweat-shirt oversize parfois, en t-shirt, en veste, en jean. Et c’est précisément pour ça qu’elle fait du bien par sa présence sur la scène : il n’y a aucun code féminin recherché dans son attitude, ça justement, elle a l’air de s’en foutre, et c’est bien pour ça qu’elle peut incarner un modèle, elle a ses codes à elle et c’est tant mieux. Vous allez me dire : il est dépassé, le temps où on jugeait les femmes en fonction de leurs codes vestimentaires, mais non, là, j’en suis désolée, c’est toujours le cas. Et un cas extrêmement présent chez les artistes. Camille présente un naturel extraordinaire qui fait plaisir, et en live, de la sensualité et de la douceur, virant souvent à un laisser-aller magnifique dans la danse. Elle s’impose sans chercher du tout à s’imposer, mais sa place est là, elle l’occupe à la perfection et ça elle le montre sans le savoir. La douceur au naturel, un naturel des plus doux :


ÉLODIE de HOLY TWO

En parlant de meufs qui en ont une plus grosse que certains hommes en ont deux, on ne peut pas éviter Élodie, chanteuse et claviériste du superbe duo Holy Two : une voix, une prestance, du fight dans le regard, c’est tout ça qu’on aime chez elle, c’est sa manière à elle de tout donner, et c’est très bien réussi. Une rage abondante, une entité dans sa personne, elle ne se laissera pas faire et c’est bien elle qui vous bouffera.


BRIGITTE

Comment écrire un article sur les femmes dans la musique et ne pas citer ce duo œstrogène explosif ? Jamais elles n’arrêteront de me séduire, car s’il y en a qui savent sublimer les femmes en musique, c’est bien elles. Perruques, robes à dos nus en forme de cœur, sensualité dégoulinante, prestance langoureuse et romantique… En plus d’incarner elles-mêmes un modèle, elles en parlent à la perfection : elles adorent les femmes, et elles adorent le dire. Et comme elles ne semblent jamais s’en lasser, elles ont dédié un morceau en particulier aux femmes, ou plutôt à la femme, où elles clament qu’une femme est Plurielle : pourquoi se limiter à n’en être qu’une ? « Osez choisir de ne pas choisir / Et s’offrir l’infini des possibles (…) / Je veux tout et son contraire / Je suis plurielle / La femme et la mère (…) / La fragile, la délinquante / L’ambitieuse, la battante »


JEANNE ADDED

Quand je pense à Jeanne Added, au-delà de son très bon premier album et de tout le chemin fulgurant qui l’a accompagné, la première chose qui me vient c’est : la générosité. Cette femme chante avec le cœur, pleine poitrine, elle chante pour tout faire sortir et rebondir sur les murs, elle hurle à s’en érailler la voix, elle donne. Elle porte avec elle un message pur et magnifique : il faut oser, il faut le faire, il faut foncer, il faut arrêter de reculer. Et maintenant quand elle chante, elle le propulse tout devant elle, son bonheur d’avoir tout osé et d’être Jeanne Added aujourd’hui. Ses yeux pétillent, son sourire est incontrôlable, et elle nous le dit : osez. Un message particulièrement ancré dans le merveilleux ‘Look At Them’, à regarder dans un live formidable de cette femme qui l’est tout autant :


CHRISTINE AND THE QUEENS

Oui, oui. Christine est parfois une petite fille, parfois un petit garçon – c’est elle-même qui l’a dit, je n’invente rien. Mais pour la petite fille qu’elle est si justement, elle a sa place ici. Et pour la femme qui baise la vie comme elle l’entend, aussi. Christine est beaucoup de choses, elle ne veut pas se limiter à une seule direction, un seul genre, un seul code. Mais c’est une femme qui a l’audace, la passion, qui a compris bien des choses et a eu la chatte de les mettre en œuvre. Elle aura toujours mon respect éternel, pour tout ça, et pour le concert que j’ai vu il y a des années dont je n’ai pas été capable de me remettre émotionnellement pendant une longue semaine. Elle aussi, elle déborde de générosité, elle va au-delà des limites ; et qu’on aime ou pas sa personnalité, c’est quand même un sacré dépassement de soi auquel on assiste là. Je n’ai pas pu m’empêcher de mettre ce live, rien que pour son regard de feu, et son corps plein de vie et de rage :


OLIVIA de THE DØ

Olivia, que dire ? Une maîtrise émotionnelle dans la voix, une véritable perfection atteinte dans sa personne. Olivia est une femme extraordinaire, généreuse, douce, rageuse, ardente, vivante, entière, pleine, humaine, et même au-delà de ça. Il n’y a plus rien à prouver ou à clamer, Olivia, c’est Olivia, et elle est putain de balèze. J’étais sur le point de mettre une vidéo live mais je vais déroger à la règle, parce que ce clip appuie à la perfection tout ce que je n’arrive pas à mettre en mots :


GÉRALDINE de LAS AVES

Je tenais à finir cet article avec Las Aves, groupe que j’aime énormément, que j’écoute très souvent et dont j’ai dévoré l’album en boucle à plusieurs reprises – ce qui est le cas des albums de toutes les femmes figurant dans l’article, d’ailleurs. Il y a quelques mois, à la sortie du magnifique clip de ‘Die In Shanghai’, Géraldine, la géniale chanteuse, a posté sur Facebook un message qui parlait des femmes dans la musique, et de sa situation à elle au sein de cette industrie manquant parfois fatalement un peu d’humanité. Je laisse ce texte clôturer l’article à sa manière parce qu’il ne pourrait pas mieux résumer les choses.
Toutes les femmes présentes dans cet article incarnent des femmes différentes, aux codes différents, aux intentions différentes, mais toutes aussi riches les unes que les autres dans leurs personnalités, leurs générosités et leur humanité. Et au-delà des femmes y figurant, j’ai pensé à un paquet d’entre elles que j’aime tout autant et qui ont des milliers de qualités et de valeurs incroyables ; il y en aura toujours, partout, qu’elles continuent. Vive les femmes, vive les femmes tous les jours et merci aux femmes dans la musique, à toutes les femmes même ; peut-être qu’un jour on aura atteint une égalité si solide qu’on n’aura même plus besoin d’une journée de la femme pour rappeler à leur pluralité et leur richesse humaine.

Message publié sur le Facebook de Las Aves le 24 novembre 2016 :
« Je suis une fille. Je joue dans Las Aves, un groupe que j’ai avec mes deux meilleurs amis.
Il y a quelques mois on m’a dit: « Soit tu perds 5 kg et tu deviens vraiment bonne, soit tu en prends 15 et tu deviens un personnage comme Beth Dito ».
De toute part, on commence à entendre de plus en plus les voix de filles ou de femmes parlant du sexisme qu’elles subissent dans leur vie quotidienne.
En tant qu’artiste, je me suis beaucoup posé de questions sur comment envisager ma féminité, mon image en tant que femme. Et j’ai été forcée de constater que les garçons de mon groupe ne ressentaient pas cette même pression.
Mais ils m’ont toujours soutenue dans mes choix. Me disant que c’était OK de porter un pantalon et un sweat à capuche énorme sur scène. Ou bien que c’était cool d’être maladroite et « garçon manquée » en sautant dans le public pendant les concerts.
Tous les trois, en tant que groupe, on avait envie d’en parler. Mais on avait envie d’encourager la singularité, plutôt que de souligner ce sexisme ambiant. Choisir la lumière plutôt que l’ombre.
Ce projet est une trilogie de clips dans laquelle nous voulions braquer cette lumière sur des filles vivant leur passion librement, avec leur propre style, leurs propres codes.
On vous emmène en voyage à Los Angeles (‘Leo’), Londres (‘N.E.M’) et Shanghai (‘Die In Shanghai’), rencontrer ces filles du monde entier.
Pour simplement les regarder jouir de leur liberté, leurs différences ou même leur normalité.
Bon Voyage. »

 

ODYL
Avant de terminer cet article, on tenait à partager ce texte d’Odyl, publié ce mercredi, à l’occasion de la Journée Internationale des Droits de la Femme :
« Je suis la fille la moins féministe de la terre. Je suis complètement pute et complètement soumise. Je préfère le gout de la peau de l’homme de ma vie, que celui de la liberté. Je ne veux pas marcher seule. Je veux qu’on me tienne en laisse. Parce que quand on nous tient en laisse. On nous tient. Et moi j’ai peur de ne pas tenir.
Mais moi je veux avoir le droit d’écrire ce genre de conneries. Je veux avoir le droit de voter pour un connard en avril. Je veux avoir le droit de mettre une mini jupe sans me faire traiter de salope, ou sans qu’un tocard mette sa main dessous dans le métro. Je veux avoir le droit de mettre des talons de 12cm sans avoir peur qu’on me dise que je l’ai bien cherché, mon viol.
Je veux pas qu’on me dise que je vendrais plus de disques si je faisais plus de sport, si j’avais le ventre plus plat, et si je fermais un peu plus ma gueule. Je veux pas qu’on me dise que je suis une grosse vulgaire parce que j’utilise des mots crus. Je veux pas qu’on me dise que je suis provocatrice si je montre un téton sur une pochette de disque.
Je veux pas que ma pote qu’a fait 10 ans d’étude gagne moins que son mec. Je veux pas qu’un mec qui a le pouvoir de signer ou pas mon album sur « sa maison de disque avec plein de tunes dedans », me dise d’abord qu’il faut « parler » dans sa chambre du Martinez a 2h du matin. Je veux pas que qd je tombe amoureuse d’un mec avec qui je bosse, on me dise que je suis vraiment une pute qui suce pour réussir, alors qu’on dira de lui que c’est un vrai tombeur. Je veux pas qu’on me dise que je joue mal de la guitare parce que je suis une meuf, alors que c’est juste parce que j’ai pas bossé.
Je voudrais bien qu’on dise pas à une femme ce qu’elle doit porter comme vêtement, j’aimerais bien qu’on ne lui impose ni la burka, ni le string. J’aimerais bien qu’on la fasse pas poser bouche ouverte dans une pub ridicule, juste parce que ça fait fantasmer le petit D.A d’une agence de pub bien degueue.
J’aimerais bien rentrer chez moi sans me faire traiter de moche si je refuse de donner un 06. J’aimerais bien ne jamais avoir eu de potes qui m’appellent en pleures parce qu’elles se sont fait tabasser en rentrant de chez moi, après avoir refusé de sucer au feu rouge.
J’aimerais qu’on vende pas des gamines, qu’on leur impose pas un mari, j’aimerais qu’elles aient le droit de lire, d’apprendre, d’écrire. Moi j’aimerais pas qu’on dise d’une femme qui est a la tête d’une entreprise que c’est une castratrice mal baisee, alors que chez un mec, on dit que c’est un mec qui en impose. J’aimerais pas qu’on dise d’une meuf qui gueule qu’elle est hystérique, alors que son équivalent masculin est juste un mec qui se fait respecter.
J’aimerais bien qu’on me dise pas que je suis frigide si j’ai pas envie de niquer, et pas non plus que je suis une chaudière ou une pute si j’ai putain d’envie de sexe.
J’ai pas envie qu’on me dise que je dois garder un enfant, si une capote a craqué, qu’on me dise pas que je suis un assassin si je refuse de faire naitre un gamin à ce moment précis de ma vie ou je sais que je ne le rendrai pas heureux, et moi non plus, au passage. J’aimerais bien qu’on arrête de dire à une femme qu’elle est mère avant tout. Elle est mère avec tout. Si elle veut. Pas juste si t’as éjaculé dedans. Et j’aimerais bien qu’un connard de gyneco avec sa bite qui n’a jamais pris de pilule de sa vie ne vienne pas me faire la morale sur le fait que j’ai gerbé la mienne qd j’ai bu trop de jack.
J’aimerais bien qu’il y ait pas une femme qui crève sous les coups de l’homme qu’elle aime, pas une seule en HP, détruite par les humiliations, les violences psychologiques, j’aimerais bien que pas un seul homme te dise je t’aime à coup de baffes dans ta gueule, juste parce que tu peux, ouais moi aussi je suis venere, moi aussi je suis violente, mais t’as les bras deux fois plus gros que les miens connards. On n’est pas les mêmes. Et c’est cette différence là qu’il faut respecter. J’aimerais bien qu’on me dise pas que je suis une chienne de garde dés que j’ouvre ma gueule aussi. J’aimerais bien que toutes les gamines du monde puisse devenir aussi libres que leurs frères. Qu’aucune ne suce la bite de leurs pères, qu’aucune ne ferment leurs gueules immobilisées par la peur.
J’ai la chance de ne pas être féministe, parce que j’ai été entourée d’hommes qui l’étaient. De ceux qui aiment les femmes profondément.
Parce que, toquard de la génération tinder, quand tu oublies d’être un tant soit peu galant, aimable, gentil, que t’offriras jamais un verre, que tu tiendras jamais la porte, que tu porteras pas le sac de 8kg de course d’une meuf, que tu feras aucun effort pour elle et que tu te caches derrière l’excuse « Vous avez voulu l’égalité des sexes, c’est votre faute », je t’invite à aller 1h ou 2h te renseigner sur le droit des femmes, le droit de vote, le droit à l’avortement, regarde comment les femmes sont encore traitées un peu partout dans le monde, regarde ce que les religions disent des femmes, plutôt que de faire le raccourci qui t’arrange.
Mais bon, après tout, on s’en bat les couilles, non??Ils m’ont dit petite, lâche-toi, montre-nous tes couilles, si t’en as.
Bisous.
Odyl. »
Pas besoin de commenter, cette meuf là, elle en a.

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