Like a Melody | Chronique : Ropoporose – Kernel, Foreign Moons


J’ai vu Ropoporose trois fois en live depuis 2014. Trois fois sur la même scène. La première fois, c’était un live maladroit, stressé, mais dont le manque d’assurance fut finalement la clé du charme de leur set, nourri de morceaux plus géniaux les uns que les autres. Une vraie claque malgré tous les défauts inhabiles, et je n’étais pas la seule à le ressentir : les deux frangins avaient capté l’attention de tous les yeux et les oreilles dans la salle. On les connaissait peu, à cette époque, et je suis bien contente d’avoir pu y assister. La deuxième fois, c’était après la sortie de leur premier album « Elephant Love », un album qui n’avait laissé personne indifférent, et c’était bien, très, très bien même : ils présentaient un live rodé, plus assuré que le précédent tout en ayant gardé toutes les qualités de la première fois. Et puis la troisième fois, c’était en 2016, et mon souvenir le plus vif, c’est qu’ils avaient l’air complètement crevés. Normal, en même temps, après la tournée sans fin qui accompagnait la sortie d’ « Elephant Love » et toutes les dates super chouettes qu’ils avaient dans les pattes.
Après une découverte live, c’est souvent facile d’être déçu de l’album où il est plus compliqué de retrouver l’énergie et la puissance d’un live. Pour Ropoporose, ça n’a jamais été le cas. En studio comme sur scène, la fratrie ultra-créative est rarement décevante.

La sortie du deuxième album de Pauline et Romain était assez attendue, notamment sous le questionnement général de « mais comment vont-ils faire pour surpasser leur excellent premier album ? ». C’était sans compter l’efficacité de « Kernel, Foreign Moons » qui a directement effacé cette question après la première écoute, jusqu’à la rendre ridicule au possible, voire à provoquer une honte à ceux qui se l’étaient posée par pure curiosité. Comment avons-nous osé remettre en cause la sublime puissance artistique de Ropoporose ?

On commence sur le premier single ‘Horses’, sorti quelques semaines plus tôt dans un clip cool. Un morceau étrange, à la progression tout aussi bizarre ; peu importe, on est bien dans du Ropoporose. Le son de la guitare y est, le jeu de la batterie aussi, la voix inqualifiable de Pauline est bien là. À la fin des 2 minutes 34, on n’est pas trop sûrs de ce qu’il s’est passé, mais c’est déjà passé. Replay ? Non, on se garde ça pour plus tard et on enchaîne sagement avec ‘Holy Birds’, morceau déjà paru dans leur split vinyle avec BRNS, un quatre titres particulièrement génial sorti en avril 2016 à l’occasion du Disquaire Day. ‘Holy Birds’ a été réenregistré pour l’album, ah ? J’ai tendance à ne pas être très fan quand c’est le cas, étant donné qu’on s’attache toujours plus au premier enregistrement… Mais là, que nenni, c’est toujours aussi cool. Voire encore mieux, allez, disons-le. Je redécouvre avec plaisir ce morceau que j’avais adoré sur le vinyle de 2016. Un an après, réenregistré, il fait toujours autant de bien. Parce que oui, ‘Holy Birds’, c’est un sacré chef-d’œuvre, tout en modestie. Et c’est très bien qu’il figure sur cet album.
C’est un peu plus délicat d’enchaîner avec des titres inconnus après cette familiarité des oiseaux saints. Mais ‘Guizmo’ me rattrape dès les premières mesures (oui oui, ils ont nommé un de leurs morceaux ‘Guizmo’). Gros moment d’orage tourbillonnant, aussi énorme que le sentiment qu’il procure. Celui-là, j’ai bien hâte de le vivre en live. On découvre des nouvelles facettes de Ropoporose, tout en y retrouvant la même recette qui nous avait plu dès le début. Même chose sur ‘Moons’. Je ne sais que dire sur ce quatrième morceau, en toute honnêteté je n’arrive pas à l’écouter et à écrire en même temps. Je dois être sacrément touchée. Il est sacrément bien ce morceau. Ils sont sacrément forts Roro et Popo.
Vient ensuite ‘Faceless Man’. C’est peut-être le moment de préciser que j’adore les titres des morceaux de Ropoporose, au passage. Sur les premières notes, j’ai l’impression de l’avoir déjà entendu. En live, peut-être ? En tout cas, après nous avoir calmés sur ‘Moon’ (parce qu’après ‘Guizmo’, il fallait nous canaliser de toute urgence), l’homme sans visage nous pose complètement et on lâche prise sur la voix douce et haute de Pauline. Du moins, au début, parce que la fête revient à la moitié du morceau. Enfin, la fête à la Ropoporose : parce qu’au fond, il y a toujours une sorte de mélancolie qui reste tapie quelque part dans un coin des morceaux, même ceux qui font danser comme des petits fous.
À l’écoute de ‘Skeletons’ et de son ambiance fraîche aux instruments variés, je me dis directement que celle-là aussi, je suis curieuse de la découvrir en live. Quel plaisir de retrouver l’union de leurs deux voix sur un morceau si apaisant. On repartira ensuite tranquillement sur ‘None’ qui marque la deuxième moitié de l’album. Un morceau très libre et aérien, qui donne un peu le sentiment de se balancer. Pauline parle d’ailleurs un moment du ‘backyard’ : on y retrouve bien le lien d’un dimanche après-midi, sur la balançoire du jardin… Mais que se passe-t-il dans le jardin, avec cette ambiance instrumentale étrange de ‘None’ ?
J’arrête toute activité gestuelle sur la minute de ‘Transition’ où, de la voix isolée du tout début aux quatre coups finaux de l’horloge, l’atmosphère n’a rien de tranquille. Et pourtant, comme si de rien n’était, ‘Spouknit’ enchaîne. Ropoporose ont pris possession de nos émotions et ça en deviendrait presque insolent. Un orage spatial qui rappelle un peu le titre ‘Guizmo’ du début, en bien plus sage quand même. Guizmo et Spoutnik seraient-ils secrètement liés ? Une théorie qui peut être déstabilisée par l’inversion maligne des lettres dans ‘Spouknit’.
‘Barking in the Park’ me fait sourire avant même de démarrer, grâce à son titre. Et quand elle démarre vraiment, mon sourire s’élargit : décidément, quelle liberté évidente dans cet album ! Ils peuvent faire ce qu’ils veulent, Roro et Popo ; on aimera, pas de souci. C’est sûrement le morceau le plus libre de l’album jusque-là, notamment par le son, la progression, les paroles…
Il reste deux morceaux, et j’en connais déjà un : ‘Fishes Are Love’ était lui aussi, avec ‘Holy Birds’, présent sur le split vinyle de l’année dernière. Réenregistré aussi, et encore mieux interprété. Une sacrée branlée qu’ils nous mettent là. Je n’avais pas particulièrement été marquée par ce morceau sur le vinyle, mais là… Ça en deviendrait presque pénible, de se dire à chaque fin de morceau « putain, celui-là… ».
Le dernier ‘Electric’ reste la seule opportunité d’être déçu. Allez, montrez-nous des défauts, merde. Et… ça ne sera pas pour cette fois-ci. Non, sûrement pas avec cette fin par-faite qui incite grandement au replay.

En fait, comme à chaque fois que j’écoute ou que je vois Ropoporose, c’est toujours le même ressenti qui revient : on dirait qu’ils font ça comme ils respirent, on dirait qu’ils ne se rendent pas compte de l’impact de leurs morceaux, ni de leurs qualités.
Je trouve dans ce deuxième album une prise de liberté encore plus évoluée que dans le premier, et c’est absolument parfait. Je ne dirais même pas que c’est ce que l’on attendait, parce qu’au fond, sait-on vraiment ce qu’on attend d’un deuxième album ? On attend généralement de ne pas être déçu, principalement. Ce qu’il y a à dire, c’est qu’ils nous ont donné exactement ce qu’il fallait, ce dont on avait besoin. C’est certain : le quatrième concert depuis 2014 ne se fera pas attendre.
« Kernel, Foreign Moons », c’est zéro déception ; au contraire, un délice, un album qui m’a comblée.
Classe, Roro et Popo.

Ma sélection :
‘Moon’
‘Holy Birds’
‘Faceless Man’
‘Barking in the Park’
‘Guizmo’

Pour retrouver Ropoporose :
Website : http://ropoporose.com
Facebook : https://www.facebook.com/Ropoporose
Deezer : 
http://www.deezer.com/album/15375685
Youtube : https://www.youtube.com/channel/UCSzMLu-ZCQb2rjNyv0nfeBg

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