Chronique : Norma – Badlands EP

Norma - Badlands
Je crois que les plus beaux coups de cœur, plus que ceux sur lesquels tu craques dès la première écoute, ce sont les artistes sur lesquels tu t’étais trompé dès le début. Ou du moins, ceux pour lesquels tu avais mal mesuré l’amplitude de coolitude et le potentiel.

Il y a quelques semaines, je tombais sur le premier single de Norma, ‘Girl In The City’ : court morceau aux allures de tube, pas mal acclamé et annonçant apparemment la promesse d’un premier EP de qualité et l’encouragement d’une belle route pour le projet de la toulousaine. Soit, un petit riff sympa, un rythme cool et des paroles portées sur le fameux sujet du harcèlement de rue.
Le refrain est accrocheur, l’assurance de la meuf est plaisante. Mais sans plus, me dirai-je après visionnage de son clip d’ailleurs assez rétro qui ne me branchera pas non plus. Et les sujets de société en musique, j’avoue ne pas être une grande fan.
Sûrement influencée par la vague médiatique plutôt enjouée à son sujet, je continue quand même à suivre le projet de loin : les actus défilent, des premières parties intéressantes dans des belles salles, un premier EP en sortie imminente, bref, une certaine solidité précoce du projet.

Vendredi soir, son EP « Badlands » sort en même temps qu’un nouveau clip de son deuxième morceau ‘Lost and Found’. Je fais ma curieuse, après tout je n’ai entendu qu’un seul morceau jusque-là, ce n’est pas suffisant pour juger.

Et là, c’est la grosse claque.
On écoute tellement de musique au quotidien, les opportunités de faire des découvertes sont si nombreuses que c’est ultra rare de craquer sur un morceau, instantanément dès le début. Pour moi, les trente premières secondes de ‘Lost and Found’, comprenant son intro et son premier couplet, étaient déjà une belle surprise. Mais là où j’ai écarquillé les yeux, tant que je fus touchée, c’est à partir de la trente-cinquième seconde, où cette sacrée mélodie de refrain m’a enveloppée toute entière sans prévenir. Il existe si peu de notes, parfois je me dis que c’est incroyable de trouver leur combinaison parfaite pour sortir une mélodie qui bouleverse immédiatement. Sur ce deuxième morceau, c’est ce que Norma a fait, naturellement, armée d’une sincérité prenante, soulevant une histoire pénible et douloureuse. Sans plaisanter, je pense qu’il ne serait pas difficile de s’écrouler sur ce morceau, tant sa beauté nous assaille.
Grand virage d’opinion pour ma part, et ça provoque un plaisir fou de s’être trompé dans ces moments-là. Un énorme intérêt naît et je cours écouter l’EP entier.
Une outro intense et bien rock’n’roll sur ‘Lost and Found’, puis on passe aux morceaux suivants.
Aucune déception sur la suite : des riffs cool sur un son de guitare joliment travaillé et identitaire. ‘Work Til U Get It’ plaît grâce son refrain entêtant et le corps à corps unanime des guitares et de la batterie. Au passage, le message –titre du morceau– m’aura aussi décroché un sourire.
‘Badlands’, qui donne son nom à l’EP, ouvre sur des accords éclatants. Ils laissent rapidement place à un rythme cool encore, sans ressembler au précédent, qui collerait bien à une balade envolée au-dessus des badlands en question, à l’image du « Badlands » de Springsteen. Dansant et très sympa.
Ce qui est plus qu’appréciable également dans cet EP, c’est que ses soli de guitare sont utiles et efficaces. Sérieusement, on entend si souvent des groupes de rock se lancer dans des longs soli sans cohérence et anti-mélodiques, que ça nous démange presque de leur dire « les gars, n’oubliez pas que ça reste de la musique ». Norma, elle, écrit des soli qui servent réellement au morceau.
Cinq minutes de ‘Oh Lord’ et l’EP s’achève déjà. Arrivée à ce stade de l’écoute, j’ai déjà été acheté les titres sur iTunes sans même attendre d’en entendre l’intégralité. Et j’ai eu bien raison : ce dernier morceau fera partie de mes préférés. Un autre refrain entêtant et ultra planant qu’on aurait juste envie de hurler au-dessus d’une falaise (oui, rien que ça). « I don’t belong here, I don’t belong here – Take me away, awaaaay… ».

En conclusion, plus qu’une belle surprise, ce fut un réel coup de cœur et un ravissement quant à la scène émergente française qui ne cesse de faire du bien. En plus de ça, il faut avouer que dans l’hexagone, ce n’est pas si fréquent de voir des filles dans des projets rock solo, et encore moins d’en voir qui défoncent correctement tout sur chaque morceau. Une belle bouffée d’air.
Je ne sais pas si j’irais jusqu’à acquiescer à cette dénomination de «nouvelle pépite du rock français» mais en tout cas, putain, quelle belle découverte ! Bien hâte de voir l’évolution du projet, en espérant que l’intuition qui me glisse que cet EP n’est qu’un bref aperçu de l’étendue créative de sa personnalité se confirme…
Un grand bravo, Norma.

Et vive les meufs.

Ma sélection :
Elles sont toutes terribles, mais ‘Lost and Found’ me tue particulièrement.

Pour retrouver Norma :
Website : http://normaville.com
Facebook : https://www.facebook.com/iamnorma
Deezer : http://www.deezer.com/album/14479738
Youtube : https://www.youtube.com/channel/UCNClTuQ3kCgajguHHoN-fHQ

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