Rencontre avec La Pietà : « Je suis la Moyenne… À peine ».

La Pietà © Marine Poppins

La Pietà © Marine Poppins

Quand j’ai appris que La Pietà jouait aux Transes Cévenoles fin juillet, ni une ni deux, j’ai planifié ce super week-end aux portes des Cévennes, et c’était l’occasion de faire cette interview dont on avait parlé, en face à face. Un chouette moment qui va vous permettre d’en apprendre beaucoup sur cette très chouette artiste masquée qu’on aime « un soir, à la folie » chez Like a Melody.

_ Pour commencer, comment t’es-tu mise à la musique et comment La Pietà est-elle née ?

J’ai commencé avec l’écriture, avant la musique. J’ai commencé à écrire des textes assez jeune, gamine et à l’adolescence mon frère a commencé à faire du rock du coup je lui ai piqué sa guitare et j’ai eu envie de commencer à mettre en musique ces textes que j’écrivais.
Après j’ai eu deux projets principalement.
Un premier groupe de rock indé avec qui on a fait pas mal de route dans des caf’conc et on a vécu plein d’aventures.
Et puis après j’ai fait un projet solo qui a signé sur une grosse Major. Ça a été une autre aventure, une autre histoire avec des choses positives aussi mais également le côté dur d’un artiste en Major à l’heure actuelle.
Ça ne s’est pas très bien fini avec cette maison de disque. J’étais un peu fatiguée et j’ai un peu perdu confiance en la musique donc je suis partie, j’ai déménagé, j’ai tout arrêté et je n’étais pas sûre de pouvoir me remettre à faire de la musique. Et puis en fait c’est viscéral, c’est revenu assez vite mais je n’avais plus assez confiance pour avoir envie d’en faire un projet et de le faire écouter. Donc pendant un an, j’ai fait des maquettes que chez moi, que je ne faisais pas écouter.
Et puis après il y a eu la rencontre avec un musicien, sur Montpellier, qui est arrangeur, réalisateur, ingé son, qui m’a dit « fais moi écouter tes maquettes », et il a trouvé ça vachement bien. Il m’a dit de continuer et il a voulu faire un essai d’arrangement sur un de mes titres. Du coup on est parti dans son studio et on a enregistré sept titres. Suite à ça j’ai sorti un premier clip, il y a un peu moins d’un an, qui a pas mal plu. Assez vite je me suis retrouvée avec un tourneur, avec quelqu’un du métier qui s’est mis à vouloir m’aider et m’accompagner.
C’est comme ça qu’est née La Pietà. Et puis j’ai cherché des musiciens pour pouvoir refaire du live.

_ Pourquoi ce nom, La Pietà ?

La Pietà ça veut dire la mère douloureuse en latin. C’est aussi la sculpture la plus connue de Michel-Ange, à Rome. Il se trouve que ça regroupait plein de choses importantes pour moi dans ma vie. Quand j’étais jeune, je faisais du dessin, j’ai fait des études d’art. Une des sculptures que je dessinais le plus dans mes croquis, c’était La Pietà. Je suis très fan d’Italie, j’y allais tous les ans et je voyais donc la sculpture à chaque fois.
J’ai alors cherché ce qui représentait ce nouveau projet, les textes qui allaient avec, le roman qui arrive derrière et qui accompagne le projet musical (c’est pluridisciplinaire). Ça parlait beaucoup de la Femme et de la religion. J’ai trouvé que La Pietà représentait bien tout ce dont je voulais parler.

_ Les masques, ça intrigue. Pourquoi avoir choisi d’évoluer masquée ?

Il y a deux raisons principales. La première c’est que comme je viens de dire, j’ai eu plusieurs projets avant, plusieurs expériences. Les gens du métier, les médias, tout ça, me connaissaient déjà, et j’avais envie d’avoir le droit à un regard neuf. Je n’avais pas envie que les gens qui aimaient bien mes projets d’avant aiment forcément La Pietà et je n’avais pas envie que les gens qui détestaient mes projets d’avant détestent La Pietà. J’avais envie que ça soit un nouveau projet et que personne ne sache qui est derrière. Ça c’était la première raison. L’idée c’était de ne jamais dire mon nom, de ne jamais dire d’où je venais et qu’on ne voie jamais mon visage.
Et ensuite, c’est parce que le texte phare qui m’a poussée à faire ce projet c’est celui de la chanson qui s’appelle ‘La Moyenne’ et qui décrit la classe moyenne. Je trouvais que c’était bien de ne pas personnifier le projet et que tout le monde puisse se retrouver dedans, que tout le monde puisse chanter ce morceau et être derrière ce masque.

_ Sur ton site on peut lire « La Pietà n’est pas là pour plaire, mais pour déranger ». Peux tu nous expliquer un peu ?

Justement, de par mes expériences précédentes, ce projet là c’était aussi ma réflexion sur mon métier, qui est mon métier depuis quinze ans. Je ne m’étais jamais posée pour réfléchir à ce que je faisais parce que c’est venu instinctivement, que j’ai pris une guitare, que je suis montée sur scène.
Là, ma réflexion c’est qu’on est tout le temps à la frontière de l’industrie du disque et du divertissement et de l’art. Ce qui est assez marrant c’est que ce sont deux choses complètement opposées, car le but du divertissement c’est d’aller dans le sens des gens pour leur plaire, qu’ils n’aient pas besoin de réfléchir parce qu’ils ont envie de décompresser. Au contraire, le but de l’art, c’est de faire réfléchir, et donc d’aller parfois dans le sens inverse des gens, donc pas forcément de plaire.
Du coup c’était un peu mon slogan parce que j’avais envie avec La Pietà que ça ne soit pas du tout comme avec mes projets précédents, qu’on ne soit pas dans la recherche d’un single qui va passer en radio et que du coup ça soit calibré. Là, c’est carrément l’opposé et c’était mon moyen de dire maintenant je fais ce que je veux et que ce que je veux. C’est arrivé juste après mon expérience « maison de disque » qui a duré quatre ans, c’était une grosse Major et du coup j’étais vraiment en plein milieu de l’industrie du divertissement.

_ Justement par rapport à ton projet précédent, est-ce qu’il y a quand même des fans qui t’ont suivie malgré l’anonymat ? Et est-ce qu’ils n’ont pas été trop déboussolés par ce changement de style ?

Au début je ne voulais pas en parler à mes fans, parce que, comme je disais tout à l’heure, je voulais que ça soit page blanche. C’est difficile, parce que, quand t’as quand même une petite fanbase de gens qui te suivaient régulièrement, qui t’ont aidée à produire ton album du précédent projet, c’est difficile de couper carrément les ponts. Quand tu crées une nouvelle page Facebook, que tu as zéro fan dessus alors que tu avais des gens qui te suivaient, c’est compliqué, mais c’était super sain.
Les six premiers mois, quand j’ai annoncé le clip, je ne l’ai vraiment dit à personne à part mes amis proches. Mes fans n’étaient pas au courant. Et après, il y en a quelques uns qui ont découvert le truc, qui se sont doutés. Puis j’ai lancé plus tard des appels à mes anciens fans « si vous voulez suivre mon nouveau projet, écrivez-moi ».
Et du coup il y en a une partie qui adore, et une partie qui n’aime pas, et je trouve ça sain, normal. Il y a des gens qui n’aimaient pas du tout mon projet d’avant et qui aiment beaucoup La Pietà et vice versa.

_ Electro, rock, slam… Pas mal de styles assez différents qui donnent un mélange assez explosif au final. Du coup quelles sont tes influences ?

Moi je suis quelqu’un de populaire en fait, je viens vraiment de la musique populaire. Ce qui est assez marrant parce que le projet est plutôt indé. Ce que j’aime, c’est la mélodie. Que ça soit dans la chanson française, dans la pop américaine, le rock ou les musiques modernes, ce que j’aime, c’est qu’il y ait une mélodie et une accroche.
Du coup, ce qui m’intéresse, c’est d’utiliser une mélodie très efficace qui parle à tout le monde pour avoir un discours derrière.
Moi j’ai écouté pas mal de chanson française, j’aime bien tout ce qui est écrit en français. En même temps je viens du rock, clairement, depuis que j’ai treize / quatorze ans. Je viens du grunge et j’ai de grosses influences là dessus. Mais en même temps je n’aime pas le rock complètement noise, où il n’y a pas de mélodie justement. C’est toujours mon critère en fait. Plus ça va, plus j’aime le hip-hop. Il y a un côté urbain dans La Pietà. C’est aussi pour ça que c’est plus slamé, ça laisse plus de place aux textes. Et enfin, l’electro, c’est finalement un domaine que je ne connais pas très bien. Ce qui m’intéressait, c’est que c’est le son d’aujourd’hui. J’avais envie d’aller vers quelque chose de beaucoup plus moderne et je trouve ça plutôt cool d’avoir un beat presque club, et par dessus un texte très dur.

_ Tout à l’heure on a parlé de tes anciens fans mais maintenant au niveau du public qui ne te connaissait pas du tout, comment ont été accueillis tes deux premiers Chapitres aussi bien sur EP que sur scène ?

Pour l’instant c’est encore assez confidentiel, parce que je fais tout toute seule, que c’est une volonté d’être indépendante. On a un tourneur qui nous aide un peu donc on commence à avoir un peu des dates. Là ce soir ça va être notre quatrième concert, c’est vraiment très récent comme projet donc on n’a pas encore un public à proprement dit. En même temps on a fait notre dernier concert à Paloma à Nîmes, c’était notre troisième, et, il n’y en avait pas des centaines, mais il y avait quelques fans qui n’étaient pas des fans de mes anciens projets, pas des gens que je connaissais, et il y en a même qui venaient de Paris pour me voir et qui connaissaient toutes les paroles de ‘La Moyenne’ par cœur. Ce que j’admire parce que moi-même parfois je les oublie (rires). Et ça fait plaisir.
Ce qui marque pour le moment, c’est ‘La Moyenne’. Il y a pas mal de gens qui se reconnaissent dedans, le clip a pas mal tourné, on a pas fait des millions de vues, mais pour un clip indé on a fait, je crois, trente mille vues ou un truc comme ça, ce qui est déjà pas mal. C’est un public encore hyper confidentiel parce qu’évidemment on a pas encore beaucoup joué. Là le but à partir de l’automne c’est de tourner de plus en plus.

_ Au niveau des textes, on sent vraiment une rage qui bouillonne à l’intérieur. La musique, c’est ton exutoire ?

J’avais envie que ça soit sans limite sur ce projet là, et que je puisse dire ce que j’avais envie de dire sans concession, sans compromis. Comme je t’ai dit, pendant un an j’ai fait des maquettes que dans ma chambre, c’était Fuck Off quoi. Je fais ce que je veux, c’est que pour moi. Il y a un côté sain à pas essayer de plaire.
C’est la grosse différence avec mes projets précédents, toujours dans l’optique de faire un album, un single, et fallait que ça passe en radio… Là ce n’est plus la même logique, et, finalement, on a limite plus de gens qui nous suivent. Là on est accompagnés là par Les Transes Cévenoles qui ont choisi notre projet au milieu de centaines de projets de la région. Pour un projet tout neuf comme ça, ça fait plaisir.
Et aussi comme je disais tout à l’heure, j’ai commencé à écrire un roman. C’était la première fois que j’écrivais autrement qu’en chansons. J’étais habituée à faire des chansons pop, avec un calibrage de nombre de mots, etc… Là, c’est la première fois que je me lâchais plus, et le slam m’a permis de pouvoir mettre une partie des textes de ce roman en musique.

_ Maintenant que le projet a évolué le processus de création c’est toujours en mode Fuck Off ?

Comme tu dis c’est mon exutoire. C’est très particulier comme projet, il y a le masque, une « charte graphique », tout est en noir et blanc… Pour moi c’était important de me dire que ça fait partie de ma réflexion sur le métier. C’est pas moi sur scène, je joue presque un rôle. C’est La Pietà sur scène, et ça, c’était important pour moi.
Je continue à écrire plein de chansons beaucoup plus populaires mais qui existeront peut-être dans un autre projet, que je ferai chanter à quelqu’un d’autre ou qui resteront dans mes tiroirs.
Mais sur La Pietà c’est en mode « je fais ce que je veux » du coup la ligne de conduite est restée la même.

_ Tu es plutôt studio ou scène ?

Moi je viens de la scène. Je ne suis pas une grande musicienne du tout, je suis même presque pas musicienne en fait. Ce que je kiffais c’est écrire et puis partager avec le public. C’est vraiment la scène, le partage avec les gens, c’est ce que j’adore et là je suis super contente de reprendre les concerts, ça faisait un moment.

_ Justement, un endroit particulier où tu aimerais jouer ?

Partout ! Sur ce projet là on a eu, en très peu de temps, la chance de jouer à Paloma qui est une des plus belles SMAC de France. On y a fait notre résidence dans la grande salle. C’est un rêve de plein de gens de jouer dans cette salle là.
Le festival de ce soir, c’est pareil. Dans la région, tout le monde a envie d’y jouer. Pour le moment on a plutôt eu de la chance et du coup ça va être dur de faire des cafés concerts derrière. Et en même temps j’ai eu des très bonnes expériences de caf’conc aussi.

_ Qu’est-ce que tu dirais à quelqu’un qui ne connaît pas ta musique pour lui donner envie d’écouter ou l’attirer à un concert ?

Pas le choix, je te mets le gun sur la tempe ! (rires)
On est un groupe de scène. Moi, en tant que public, je me fais chier quand je vois sur scène quelqu’un qui chante juste ses chansons, et qui repart et puis voilà. J’aime les artistes qui sautent partout et je sais que toi aussi ! Ceux qui sont dingues, que tu sais que tu vas aller à quatre concerts et que les quatre ne seront pas pareils, qu’à chaque fois il y a un truc de fou et que ça te fait parfois pleurer ou rire. Moi je suis avant tout une fan de musique et j’espère, à mon petit niveau, rendre tout ça sur scène.

Si avec ça tu n’es pas encore convaincu, tu peux regarder ça pour t’achever :

_ Pour ce qui est à venir, les prochains projets sortiront toujours sous forme de Chapitres ?

Ça fait aussi partie de ma réflexion sur la musique. De moins en moins on écoute des albums en continu. Les gens écoutent de la musique par chansons. Je trouve que c’est pas plus mal d’un côté. Du coup je n’avais pas envie de sortir d’album, pas envie de suivre le format classique qui se fait depuis des années (album, single…). Au contraire, j’avais envie que ça suive mon idée de roman et que ça soit sous forme de chapitres qui sont des mini-EP. On en a sorti deux au mois de juin et l’idée c’est d’en sortir deux en novembre ou décembre, ou au pire en janvier, selon le temps que ça va nous prendre d’enregistrer et sortir tout ça.
Et comme dans le milieu il reste quand même des gens qui sont encore au format album, après l’idée c’est de regrouper les quatre chapitres, les douze titres donc, sous forme de compile qui fera un espèce d’album.

_ Un mot pour conclure ?

Merci beaucoup d’être venue jusque là pour faire cette interview et de me suivre depuis longtemps de projets en projets. Merci à toi.

_ Et merci à toi surtout !

 

Souvenir © La Pietà

Souvenir © La Pietà


_ Pour retrouver La Pietà :

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_ Nos articles sur La Pietà :

Live report des Transes Cévenoles : http://likeamelody.fr/2016/08/live-report-les-transes-cevenoles-19-sumene-30/
Photos des Transes Cévenoles :
https://www.flickr.com/photos/marinepoppinslivephotography/sets/72157671400874070
La Playlist de La Pietà :
http://likeamelody.fr/2016/05/la-playlist-davril-la-pieta/

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