Interview Hellfest – Mass Hysteria : Il y a un magma antisocial qui gronde et qui risque d’exploser.

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_ Salut Mouss, alors peux tu faire un tour d’horizon de Mass Hysteria ?

Mouss : Salut à toi, Mass Hysteria existe depuis 1995, on a huit albums, et trois personnes sur cinq sont les mêmes depuis le début : Yann, moi et Raph. Et ça fait donc vingt deux ans qu’on existe, vingt ans de tournée…

_ Ça commence à faire !

Mouss : Eh oui, ça file ! Voilà, c’est à peu près tout, j’ai quarante cinq ans, il me manque trois dents… (rires)

_ Votre dernier album « Matière noire » a bientôt un an, tu pourrais nous parler de la réalisation ?

Mouss : Alors cet album a été composé dans la dynamique de la tournée d’avant et du précédent opus « L’armée des ombres », donc on s’est dit qu’on allait composer directement, que ce soit des morceaux taillés pour le live. Les deux guitaristes se sont mis à composer dès la fin de la tournée, ils ont été très prolifiques. Il y avait une trentaine de morceaux, puis on a réduit à quatorze. Pour ma part je suis toujours assez lent quand j’écris. Et au moment de la composition j’ai perdu mes parents,  j’étais dans un sale état et je me suis dit que j’allais m’en servir pour écrire et ne pas m’arrêter. Mais il y avait des hauts et des bas, eux étaient opérationnels, ils m’ont laissé du temps. Eux sont rentrés en studios, moi j’étais super en retard et alors qu’ils avaient enregistré tous les instru, je n’avais quasiment proposé aucune parole. Donc je suis allé en studio, et ils ne m’ont pas demandé de changer les textes comme des petits changements de phrases, des paroles ambigües, mais là rien du tout, ça a été fait presque en ‘one shot’, de façon libérée. Pourtant je m’attendais à ce que sur certaines phrases ils me disent de la modifier, mais peut-être parce que j’étais en plein deuil, par pudeur, je ne sais pas, ils ne m’ont rien dit. Tout ce que j’ai mis, tout a été validé ! Il y a quand même certaines choses qui ont été améliorées, des choses auxquelles je ne m’attendais pas ! Par exemple dans le morceau ‘Matière noire’ il y a une phrase : « tous esclaves dans cette grande plantation, seul passe-temps le blues et la capoeira ». Car dans ma tête c’est un peu le nouvel ordre mondial américain, associé à l’Europe, et puis la loi El-Khomri… Je m’étais dit que ça, c’était un peu cru, réducteur. Plus qu’un seul Dieu, un seul travail, un gouvernement répressif. Et je pensais vraiment que le reste des Mass allait me dire quelque chose mais même pas, tout comme d’autres phrases. Sur cet album, on a vraiment dit tout ce qu’on avait à dire, musicalement comme textuellement. On ne s’est pas bridé !

_ D’ailleurs au niveau des chroniques et des fans de Mass, il y a eu de très bons retours ! Et de votre point de vue, comment a vieilli cet album ?

Mouss : Je ne sais pas si on peut dire vieillir, mais il a mûri, et surtout les événements ont fait écho et ont pris tout leur sens, alors que je pensais que ce serait quelque chose d’hypothétique. Quand j’ai écrit ‘L’enfer des dieux’, je ne voulais pas faire un morceau sur les attentats de Charlie. Tout avait été dit, il faut tourner la page, ça n’arrivera plus me disais-je. Ils vont mettre des policiers à chaque coin de rue, ils vont surveiller le monde entier. En en faisant l’album, Yann et Fred me disent qu’il reste une instru, sauf qu’on venait d’enregistrer douze morceaux d’un coup, on verra plus tard. Ils m’ont dit pas de souci, on est vendredi, mais on peut voir lundi, tu essaies. Si ça ne marche pas, on arrête. Au pire ça nous fera un petit morceau inédit. Et le week-end j’ai fouillé un peu, et il y avait ces textes sur les attentats. Je vais voir pour parler de ça de façon elliptique, sans rien citer. Et le lundi, après avoir fait le premier couplet Yann me regarde avec Fred avec de grands yeux : « Change rien ! Trouve un refrain et c’est bon ! ». J’avais justement une phrase de Nietzsche en tête avec « Dieu a son enfer, c’est son amour des hommes », donc j’ai mis ça au pluriel. Le morceau est né en un jour !

_ Et maintenant le morceau est clippé, il fait écho au Bataclan…

Mouss : Oui, c’est ça ! Alors que je ne voulais pas le faire ! Ce sera un clin d’œil. Je parle aussi dans le deuxième couplet de la folie amoureuse et passionnelle, je mélange toutes les folies, pour ne pas focaliser sur les attentats. L’album sort début octobre, la tournée débute le 13 novembre, et on a joué ‘L’enfer des dieux’ à 22h30, au même moment, putain de coïncidence ! Mes paroles ont pris tout leur sens. Le lendemain on jouait, et j’avais des frissons, des sanglots dans la voix. Je chantais un truc hypothétique, ça n’arrivera plus ! Et pourtant, il a pris du sens, j’en ai eu froid dans le dos. Et quand je vois aussi les titres ‘Matière noire’ ou ‘Chiens de la casse’, eux aussi prennent un sens avec la France dans la rue… Ce n’était pas prévu, et c’est terrible car tu aurais préféré avoir tort.

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_ Pendant votre concert hier au Hellfest, c’est un point de vue personnel, mais durant ‘L’enfer des dieux’ mis à part l’énergie énorme du public, il y avait le vent qui se levait, la masse de nuages noirs qui arrivait derrière, vous avez senti quelque chose à ce moment précis ?

Mouss : Oh oui ! Déjà quand tu dis de lever les bras en l’air, dans une salle de deux cent personnes c’est énorme, mais au Hellfest ! Ce sont des moments forts, j’ai des frissons rien que d’en parler. Et ce morceau, il y a des choses que tu fais qui te dépassent, il fallait le faire. Tu ne pensais pas ça justifié, mais tu le fais et l’histoire juge ensuite.

_ Sur une note un peu plus légère, une personne sur un célèbre réseau social qui répond au nom de Hell Squale a lancé un événement en disant qu’il fallait battre le Wall of Death de Dagoba (2014) au concert de  Mass Hysteria…

Mouss : Alors tu crois ?

_ En tout cas, c’était aussi énorme ! Et toi de la scène ?

Mouss : De mon point de vue, ce n’était pas mieux que Dagoba ! Du coup, je disais de couper la foule en deux, il est pourri votre Wall of Death ! Mais en fait il y avait les barrières qui gênaient, et sur les images apparemment ça avait de la gueule. Ce genre de record c’est fait pour être battu, et surtout c’est jovial !

_ Parlons avenir, quels sont les projets ?

Mouss : Le 10 juillet, il y a le DVD live du Trianon, en septembre et en janvier on fera des dates en Chine, au Japon, en Nouvelle Calédonie, et une vraie tournée au Québec fin janvier. Peut être une date en Australie également ! Et pour le Québec, un ami veut nous faire jouer pour un concert de charité à Los Angeles au Viper Room qui se trouve en face du bar où Lemmy Kilmister allait. Il y a donc tout cela qui se profile, cette tournée avec la petite little world mass tour !

_ On va traduire cet article en chinois, japonais pour que tous voient que vous arrivez !

Mouss : Soyez patients, on vient vous voir !

_ Et pour finir cette interview, plutôt que le mot de la fin, tu peux nous citer le morceau de la fin ?

Mouss : Ça va peut-être vous surprendre, mais je rêverais que Mass Hysteria reprenne ‘On nous cache tous, on ne nous dit rien’ de Jacques Dutronc. Car tout est dit dans ce morceau ! Plus on apprend, plus on ne sait rien, et c’était dans les années soixante ! Il était déjà prophète, rien n’a changé, c’est de pire en pire mais le peuple s’en rend compte. Mais comme je dis dans un morceau, on a vu plus d’une fois le volcan éclater sa montagne. Il y a un magma antisocial qui gronde et qui risque d’exploser.

_ On a hâte d’entendre ce morceau…

Mouss : Il va falloir convaincre le reste du groupe !

_ On ira les voir. Merci Mouss et à la prochaine !

Mouss : Salut les gars, positif à bloc !

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