Rencontre avec John Doe’s Unbelievable Suicide : L’ambition générale, c’est de tout niquer.

John Doe's Unbelievable Suicide - © Sarah Nadifi

John Doe’s Unbelievable Suicide – © Sarah Nadifi

À l’occasion de la sortie de leur premier album « A Few Years Before », j’ai eu le plaisir de rencontrer Tom et Danny, respectivement chanteur/guitariste et bassiste du groupe de Pop/Rock nantais John Doe’s Unbelievable Suicide. Il en est résulté une discussion très riche sur leur histoire et leur perception de la musique :

_Salut John Doe’s Unbelievable Suicide, merci d’accepter de répondre à nos questions ! Pour commencer, pouvez-vous nous raconter comment s’est monté le groupe, quand vous vous êtes rencontrés tous les quatre ?

Tom : En fait, le groupe existe depuis pas mal de temps, officiellement depuis 2007 et activement depuis 2009. Au début, Danny, le bassiste, n’était pas avec nous, on était deux, moi et un autre collègue qui n’est plus dans le projet maintenant. Il y a eu plein de line-up, de changements différents, et après avoir sorti deux EPs sous cette formule-là, il y a eu un petit stand-by puis j’ai rencontré Jérémy, le guitariste, avec qui on a relancé l’histoire et on a eu ce projet de premier album. On l’a enregistré hyper rapidement, sans avoir de morceaux finis, que des petites maquettes, on est allés en studio directement. Ensuite pour le jouer, on a voulu trouver des musiciens et on a trouvé Danny à la basse et Bren à la batterie qui nous avait rejoints en studio aussi un peu à l’arrache, sans trop qu’on se connaisse. Depuis, cette formule tourne, à quatre.

_Quelles sont vos influences principales dans ce projet ?

Tom : Le groupe a beaucoup évolué depuis mais à la base, il y a beaucoup de trucs Folk inspirés de Cocoon par exemple… On va plutôt dire les influences actuelles : c’est autour des Beatles, Elliot Smith, David Bowie, des trucs anglo-saxons, portés sur les mélodies, assez mélancoliques en général.

Danny : Moi, en fait, je suis pas sur l’album, je suis juste musicien de scène. Mais j’ai les mêmes influences au départ ; on a la même culture musicale.

Tom : On est tous fans de Pop, de Rock anglo-saxons, on se retrouve autour de ça.

_D’où vient le nom du groupe ?

Tom : Le nom du groupe est cool, moi je l’aime bien parce qu’il est assez énigmatique du coup il pousse à créer une histoire, ce qui n’était pas le cas au début. Je l’avais trouvé comme ça, je sais pas trop comment, et là par rapport à l’album, il raconte un peu une histoire, c’est-à-dire l’incroyable suicide de John Doe. Nos chansons, notre album racontent un peu cette histoire, c’est devenu conceptuel. Au début, il y avait pas vraiment de raisons particulières pour ce nom-là, et finalement le nom a amené cette raison. Raconter l’histoire de John Doe, qui est n’importe qui puisque John Doe c’est en anglais Monsieur X.

_Justement, pourquoi provoquer le suicide de Monsieur X ?

Tom : Alors, déjà, on n’a pas dit qu’il était mort ! Le suicide, tu vois, ça peut être aussi sous plein de formes différentes, ça se termine pas forcément par une mort physique, mais en tout cas c’est la finalité de cette histoire, de son histoire à lui, John Doe, le personnage qu’on a créé. Ce qui est intéressant avec ce projet-là, c’est que ça peut être aussi une histoire que les gens se créent eux-mêmes, par rapport à leurs vies, parce qu’on parle de sujets propres à chacun : les peines d’amour, les peines de la vie de tous les jours, les gens autour, les trucs de merde, avoir perdu au dernier niveau de Warcraft… Du coup, tout le monde peut interpréter les chansons à sa manière, c’est pour ça que John Doe ça colle bien au truc, parce que c’est n’importe qui.

_De quoi parlent les textes dans l’album ?

Tom : Ils racontent son histoire ; cet album s’appelle « A Few Years Before », donc quelques années avant son suicide. C’est concentré sur son enfance, il doit avoir à peu près dix ans, on n’est pas trop sûrs nous-mêmes tu vois, c’est un peu libre, mais c’est son enfance. Des chansons comme ‘Daddy Had a Cadillac’ et ‘Mommy Had a Love Affair’ sont vraiment ancrées sur sa vie familiale, et il y a d’autres textes qui parlent de plein de choses : ‘Black Flowers & Rain’ parle de la perte d’un être cher, il y a d’autres choses qui sont inspirées de trucs personnels aussi mais qui sont données à ce personnage. ‘Magical Weekend’ c’est hyper jovial, un peu sarcastique, on se moque un peu de certaines personnes à travers la musique. ‘Sunday Afternoon’ c’est presque niais, mais c’est des sensations qu’on a tous eues un jour. Ça regroupe tout ça, des sensations infantiles qu’il a pu ressentir.

_Dans cet album, on ressent une évolution du début à la fin : ça commence de façon très joviale, une impression d’été un peu sautillant, puis ça devient de plus en plus mélancolique, est-ce que c’est voulu ?

Tom : Oui, le tracklisting a été fait en fonction de ça. Le personnage grandit, l’album ne se passe pas sur deux semaines, il peut se passer sur quelques années, sur l’entrée dans l’adolescence… Ce qui est marrant, c’est que quand on a écrit et enregistré l’album, on avait pas du tout ce délire d’histoire. On avait juste des chansons, on voulait faire un album. On avait pas encore imaginé ça, c’était instinctif. Et on s’est rendu compte que ça pouvait raconter une histoire. Ça s’est fait naturellement. Puis, quand on a fait le tracklisting, on avait cette histoire en tête et on l’a donc fait par rapport à elle.

_Ce premier album, est-ce que c’est un aboutissement pour vous ou c’était principalement l’envie de sortir un LP ?

Danny : Je crois que c’est plutôt un début d’histoire : ça n’a rien à voir avec le projet de Tom quand il était en duo Folk, moi je vois ça d’extérieur mais la musique n’est pas la même. Avant c’était un duo, maintenant on est une formation à quatre voire cinq car on cherche un claviériste, donc je pense que c’est un début d’histoire. On parle déjà des futurs albums ensemble, où on fera évoluer l’histoire car là le personnage est adolescent et il va grandir jusqu’à, peut-être, sa fin hypothétique, que ce soit physique ou moral. Pour moi, un album n’est pas une finalité en soi, c’est une opportunité.

_À la fois c’est une finalité de la première étape, mais c’est l’ouverture de la suite…

Tom : Oui, je vois ce que tu veux dire par rapport à ça, c’est une forme d’aboutissement : on compare souvent un album à un bébé ou un enfant, c’est un aboutissement parce que c’est le premier, et après le projet va grandir sous forme d’autres albums. Il y aura un aboutissement un jour, j’imagine, quand ce sera fini, soit parce qu’on sera morts ou parce que ce sera fini.

Danny : C’est ça l’aboutissement, c’est quand c’est terminé !

Tom : Mais c’est aussi ça le premier album, il y a eu tout le travail pour se lancer, c’est l’aboutissement du début de l’histoire.

Danny : En fait, c’est un aboutissement pour Tom parce que c’est son premier album. Moi quand je parle du projet en lui-même, d’un point de vue extérieur c’est pas ça car c’est deux choses vraiment différentes. Mais je comprends le sentiment de Tom : quand j’ai sorti mon premier album avec mon autre groupe, j’étais hyper fier.

_Quelle est l’ambition générale du groupe, les projets futurs ?

Tom : C’est de tout niquer. Continuer cette histoire sur du long terme. Pour parler d’un point de vue technique de vie de groupe, là on a sorti un album, on va le défendre. On va en parler via des médias comme le votre, sur les radios, faire des concerts, faire tourner cet album, le jouer, toucher le plus de monde possible, en espérant que ce soit toujours progressif. Puis faire le deuxième album, le troisième… On réfléchit à comment on va les faire. Le premier, on l’a fait d’une façon assez particulière : enfermés pendant quinze jours, tous seuls, Jérémy et moi, de huit heures du matin à huit heures du matin. C’était cool et excitant mais ça a aussi ses inconvénients. Pour les prochains, pourquoi pas faire ça dans de plus gros studios, essayer de trouver les moyens. C’est ça les projets, continuer à faire vivre le groupe et réfléchir artistiquement à l’histoire qu’on a créée.

Danny : Il y a quand même une ambition de groupe : ne pas rester là où on est. On a tous la même ambition, d’où le choix des musiciens. Tout niquer, comme Tom disait.

Tom : C’est un plaisir de faire de la musique, s’il peut y avoir de plus en plus de personnes qui ressentent des choses en nous écoutant, pour nous c’est l’objectif. En vivre, c’est une autre histoire : le monde de la musique va évoluer avec le temps, c’est pas pareil qu’il y a dix ans, ce sera différent dans dix ans. Toujours est-il qu’il restera une chose : tant qu’il y aura de la musique et du public, tout ça perdurera.

_C’est beau.

Danny : Ouais, j’ai presque la larme à l’œil. Mais c’est ça ! Je trouve que les gens n’osent pas exprimer leurs ambitions. Il y a beaucoup de groupes qui ont des rêves, mais personnellement j’ai une ambition, et j’essaie de la mettre en œuvre. La première fois que Tom m’a contacté et m’a envoyé ses morceaux, il m’a pas fallu dix minutes pour savoir si j’étais d’accord pour jouer avec lui ; au bout de cinq secondes du premier morceau, je suis passé au deuxième, parce que j’ai su, tout de suite. J’ai écouté dix-quinze secondes de chaque morceau, j’ai entendu sa voix, les arrangements… Si je suis avec eux, c’est par ambition, mais au départ c’est un choix artistique, j’étais fier qu’ils m’appellent pour ça.

Tom : Tout vient ensemble : l’objectif premier quand tu fais de la musique normalement c’est de toucher un grand nombre de personnes. Il y en a qui font ça pour l’argent, c’est sans doute agréable la notoriété, quand tu fais de la musique tu penses forcément à ça à un moment donné parce que c’est le monde qui t’attend si tu gravis les échelons. Mais ça vient forcément avec le fait de toucher beaucoup de monde, parce qu’après ça il y a des grosses maisons de disque qui t’appellent par exemple. Je dirais pas qu’on a envie de ça même si ce serait cool, mais on sait pas ce que c’est, on a jamais connu ça. Mais l’ambition principale pour un groupe de musique qui se respecte, c’est de faire kiffer les gens, de tout niquer par ça.

Danny : De prendre du plaisir sur scène.

Tom : Et si notre musique plaît, tant mieux.

_Quel est votre morceau préféré sur l’album ?

Tom : ‘Black Flowers & Rain’.

Danny : Pareil.

_Pour finir, une anecdote pour Like A Melody ?

Tom : Par rapport à cette chanson justement, qui parle de la perte d’un être cher, ma mère a fait un truc génial. Après avoir écouté l’album, elle est venue me voir et elle m’a dit « J’ai écouté l’album, j’aime beaucoup cette chanson ; dis-moi, tu parles de la perte de Lune dans cette chanson ? ». Lune, c’est notre chien qui est décédé il y a un an, et quand elle est morte, j’écrivais cette chanson, c’est pour ça que ma mère a cru ça. Elle m’entendait la jouer au piano dans le salon pile au moment où notre chien est mort. Elle pensait que je parlais du chien alors que c’est pas du tout ça, je parle d’un pote qui est mort il y a quatre ans, donc ça n’a rien à voir. Mais j’ai trouvé ça cool, je lui ai dit de garder la même pensée sur ce morceau et de l’interpréter comme elle voulait. C’est ça le principe de l’album, même s’il y a beaucoup de sujets personnels, c’est de s’approprier les chansons.

Merci à vous !

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