Interview : Memory Lake – C’est ce qu’on nous a dit dès le début, le côté « faux calme », il y a un truc qui plane.

Memory Lake
Il y a une dizaine de jours, j’ai eu le plaisir de rencontrer les parisiens de Memory Lake à l’occasion de la sortie de leur premier EP « Hurricane » le 17 juin prochain, précédée de leur release party à l’International le 15 juin. Rencontre avec Julie, Thomas et Matthieu qui m’ont offert un échange très intéressant !

_Salut Memory Lake ! Pour commencer, vous pouvez me dire comment vous vous êtes rencontrés, quand le groupe s’est créé ?

Julie : On s’est rencontrés il y a deux ans, à Paris. Eux, ils étaient à l’école ensemble et moi j’ai rencontré d’abord Thomas et ensuite Matthieu nous a rejoints au bout de quelques mois, après quelques tests. Ça s’est visiblement bien passé puisqu’on a continué ! Le groupe s’est monté un peu comme ça, par expérimentation : au début on est partis sur un truc un peu plus Pop, vraiment Indie/Pop puis on a fait de plus en plus un truc un peu plus dark, underground (rires). Aujourd’hui on commence vraiment « à se trouver ». On sent qu’on a établi les bases de notre musique.

_Du coup, comment vous décririez votre style en quelques mots ?

Julie : Trip Hop je pense que c’est vraiment le mot, l’étiquette qui devrait plus convenir.

_ Votre nom de groupe, Memory Lake, ça vient d’où ?

Thomas : En fait, comme la musique qu’on fait est aussi assez visuelle, on essaie de jouer pas mal sur l’ambiance. Même au niveau des instrus c’est plus cette approche-là qu’on a quand on compose, jouer vraiment sur les sons et les ambiances que ça peut créer. Comme il y a un côté plus visuel, on essayait de s’imaginer un espèce de lieu qui correspondrait à ça.

_Ce lieu, c’est donc un lac ? Quel est le rapport avec la mémoire ?

Julie : Comme on est un peu dans des trucs sur l’inconscient, sur l’ambiance, ça donne un peu de mystère, c’est un lieu un peu mystique, onirique. On voulait des mots qui correspondent à ça.

_Quelles sont vos influences ?

Thomas : Y en a pas mal, c’est pas mal de styles différents en fait, je pense que ceux qui s’entendent plus ça doit être les groupes un peu Trip Hop et qui ont un peu le même genre d’approche que nous, comme Portishead par exemple, Massive Attack aussi. Radiohead aussi forcément. Pas mal d’electro.

Julie : Du rock aussi. Amon Tobin aussi pour l’electro.

Thomas : Ouais, tout le milieu Ninja Tune – c’est un label -, tout l’electronica qui va là-dedans. Même la chanson française d’ailleurs.

Julie : Baschung, Noir Désir, toutes ces influences un peu plus anciennes, Gainsbourg aussi. Ça va un peu dans tous les sens ! Je pense à ça parce qu’on a des morceaux en français.

_Justement, pourquoi ce choix de mélanger français et anglais dans l’EP ?

Julie : Ça a commencé un peu comme un test, parce qu’on avait commencé en anglais sans doute par choix musical et par nos influences mais on a voulu tenter quand même et on a bien aimé, donc on continue. On a vraiment envie de garder les deux, on pense pas que ce soit incompatible.

Thomas : On trouvait que ça ouvrait sur quelque chose, que ça amenait vraiment un truc.

Matthieu : Ça permet des trucs assez marrants. Quand on a commencé à chanter en français en concert, directement il y a eu des gens qui disaient : « Ouais, français, quota… Vous faites ça pour être diffusés en radio ? ». Quand on chante en anglais, c’est le dictat anglo-saxon donc là, au moins on fait les deux, on plaît à personne, c’est bien ! (rires)

Julie : C’est bien de garder les deux, on est francophones à la base !

Thomas : C’est aussi peut-être pour ça, c’est notre identité.

_Ce premier EP qui sort le 17 juin, c’est la synthèse d’une recherche de son depuis ces deux ans d’existence ?

Thomas : C’est ça, ce serait un peu un début de direction qu’on aurait trouvé, on a encore plein de choses à faire au final.

Julie : En fait, ces morceaux on les a écrits il y a un moment quand même, mais il faut bien en choisir quelques uns pour un premier EP et on est déjà en train de plancher sur le deuxième. Il faut bien s’arrêter un moment et diffuser tout ça, donc on peut dire que c’est la première synthèse, oui.

_D’où vient le nom de cet EP « Hurricane » ?

Julie : C’est le nom d’un des morceaux. On est restés dans l’ambiance météo et lieu, ça correspondait bien. Notre musique est assez calme, mais je sais pas pourquoi, ça marchait. C’est un faux calme, disons.

_Vous aimez bien les paradoxes ?

Matthieu : Voilà.

Julie : C’est ça.

Thomas : C’est ce qu’on nous a dit dès le début aussi, même dans les morceaux qui étaient un peu plus pop qu’on a vite lâchés, c’est le côté un peu « faux calme » où il y a un truc qui plane.

Julie : Un truc un peu vénéneux en-dessous, tu vois.

Thomas : On nous disait souvent ça, c’est pas forcément au premier plan mais on sent qu’il y a ça derrière. D’ailleurs le photographe qui s’appelle Patrick, qui a fait la pochette de l’EP, a réussi à retranscrire ça. C’est un lieu un peu calme mais en même temps, on voit le ciel qui menace, qui rode.

_Un peu sinistre sans l’être vraiment ?

Thomas : C’est un peu l’idée aussi, oui. De pas être complètement dans le hyper dark tout de suite.

Julie : C’est latent.

_Et dans cet EP, de quoi parlent les paroles ? Est-ce qu’il y a une ligne directrice ?

Julie : C’est très introspectif. Quand j’écris mes paroles, j’écris quelque chose qui m’évoque quelque chose ; après si on ne me comprend pas c’est pas grave, mais c’est souvent des images, j’ai pas de ligne directrice spécialement entre les morceaux, parce qu’ils n’ont pas été écrits aux mêmes périodes. Mais c’est toujours des sensations. ‘Vincent’ parle d’un tableau de Van Gogh, ‘Hammer’ c’est plus quelque chose de sombre à partir de la société de consommation, le nombrilisme actuel, ‘Vibration’ c’est très personnel, sur une rupture. Il n’y a pas de thème majeur. En général, on écrit à deux avec Thomas : soit je lui envoie des paroles et il fait les arrangements que lui inspirent ces paroles, soit il m’envoie des arrangements et moi j’écris sur ce que ça m’inspire.

_Votre Release Party sera le 15 juin à l’International. On y verra qui comme guests ?

Julie : Il y a quelqu’un qui s’appelle LAAKE (rires), on le connaît depuis nos débuts, on l’avait rencontré sur un concert, il est un peu dans la même veine que nous musicalement, et on s’entend bien avec lui. Il y aura un autre groupe qui s’appelle Crimson qui fait plus du brit rock. Et peut-être un DJ set en plus.

_Vous avez fait des concerts avant cette Release ?

Julie : On en a fait pas mal, je pense qu’on a épuisé à peu près tous les bars de Paris.

Thomas : C’est pour ça que maintenant c’est prévu de sortir de Paris, c’est un peu la prochaine étape.

Matthieu : On a déjà un peu commencé, on va en Picardie bientôt.

Thomas : On va sortir un peu de Paris pour éviter de trop s’enfermer car on a remarqué qu’il y a beaucoup de groupes parisiens qui restent sur Paris, ils s’enferment dans un truc et finalement ça décolle pas, ils ont un petit succès dans Paris mais dès qu’ils en sortent personne ne les connaît. C’est un petit milieu où ils restent entre eux et on n’a pas trop envie de se retrouver là-dedans au final.

_Donc après la sortie de cet EP, le but c’est de s’exporter dans la France ?

Thomas : France et étranger même. Moi je viens de Haute-Savoie donc on vise un peu la Suisse comme c’est juste à côté.

Julie : La Belgique…

Thomas : Ce qui est compliqué, c’est que beaucoup de gens nous disent qu’on fait une musique très urbaine.

Julie : En Bretagne, d’où je viens, ils veulent principalement du rock.

Thomas : Mais il y a forcément des villes où aller, on est parfois surpris : l’autre fois en Picardie on a joué dans un pub, pour eux c’était ambiance blues rock mais tout le monde a accroché, ils étaient super contents !

_Vous êtes plus axés scène que studio ?

Matthieu : Moi, je passe ma vie enfermé en studio donc quand je peux en sortir, c’est une bonne chose ! Mais je pense que c’est un peu l’équilibre, on a des projets des deux côtés, on aime bien passer du temps en studio pour préparer les morceaux.

Julie : Thomas, c’est un gros perfectionniste.

Thomas : C’est vrai que le défaut de la scène, c’est qu’il faut penser les morceaux carrément différemment parce qu’en studio on va mettre plein de petits détails qui s’entendent pas du tout une fois que c’est joué sur scène. Ça peut être frustrant aussi des fois. On se met à penser les deux de manières différentes. On profite des EP pour faire des trucs un peu plus fins, mais pour la scène, rendre ça plus brut pour que ça touche directement. Maintenant, on a un vrai batteur qui joue, avant on avait beaucoup de samples mais là ça change tout sur scène, ça a rien à voir. On est quand même trois dans le projet, ça marche mieux si on a un noyau hyper solide, et après on fait intervenir des musiciens sur scène. L’idéal si on arrive à devenir un peu plus gros, ce serait carrément de remplacer tous les samples qu’on a en studio par des vrais musiciens. Massive Attack c’est ce qu’ils font.

Julie : Ils sont à chaque fois quinze ou vingt.

Matthieu : Massive Attack c’est l’extrême…

_Comment vous vous voyez au sein de la scène émergente française actuelle ?

Julie : Il y a quand même des modes, quoi. On constate le retour des années 80, on se sent parfois un peu en décalage avec cette scène, on sent qu’on est pas dans la mouvance actuelle. Si t’as pas les sons à la mode, t’es direct exclu.

Thomas : Je suis d’accord. C’est ce qu’on disait par rapport à ce cercle, et on essaie pas forcément de se mettre dedans.

Julie : On veut pas copier, ça ne nous intéresse pas d’essayer de rentrer dans le moule.

Thomas : On voit aussi qu’il y a beaucoup de clones. Sauf que comme c’est à la mode, c’est ceux qui sont sur le devant, mais pour combien de temps ? Après, il y a évidemment des trucs bien !

Matthieu : Jessica93, par exemple. Il est vraiment balaise dans tout ce qu’il fait. Que ce soit le personnage ou son projet, c’est solide, il est vraiment au top. Il a bien compris le truc !

_Pour finir, une anecdote pour Like A Melody ?

Julie : À notre dernière date, on a qualifié notre musique de « Trip-Hop apocalyptique un peu déglingos »…

Merci à vous !

Pour retrouver Memory Lake :
Website : http://memory-lake.com/
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