Rencontre avec Karim Berrouka (Ludwig von 88) : Puisque les gens voulaient nous voir, ils verront !

Ludwig von 88

Photo : Patrick Imbert / Hans Lucas


Cet été 2016 sera définitivement punk avec le retour inattendu (et inespéré) de l’un des groupes phares de la scène Punk française des années 80-90 : Ludwig von 88 ! À cette occasion, nous sommes allés à la rencontre de leur chanteur, Karim Berrouka, lors d’un festival littéraire (Karim est auteur) fin mai, pour qu’il nous parle un peu (beaucoup) du groupe et de son retour sur scène !

_ Salut Karim ! Tout d’abord peux-tu nous présenter en quelques mots ton groupe, Ludwig von 88, pour ceux qui ne connaîtraient pas?

Karim : Alors les Ludwig c’est un groupe qui s’est formé en 1983 – à l’époque on était plus ou moins au bahut dans la région parisienne – qui a commencé à faire des concerts fin 1983 et qui a beaucoup tourné entre 1983 et 1990 avec plein de groupes alternatifs comme les Béru, Nuclear Device, Washington Dead Cats, Babylon Fighters, OTH, Les Sheriff… On fait partie de toute cette mouvance qu’on va dire Rock Alternatif qui regroupait plein de groupes qui étaient pas forcément Punk. Y’avait des trucs peut-être qu’on connaît moins maintenant mais qui étaient plus musique industrielle, plus n’importe quoi. Les Négresses Vertes sont sortis de cette mouvance. Et ça jusqu’en 2000 où on a arrêté, enfin 1999 où on a fait le dernier concert. On a fait une dizaine d’albums et puis on a arrêté, on a fait un peu ce qu’on voulait chacun de notre côté.

_ Cela fait une quinzaine d’années que vous ne jouez plus, peux-tu nous parler rapidement de vos activités à chacun durant cette période?

Karim : Bruno a fait Sergent Garcia, il a commencé dans les années 2000 où ça a vraiment cartonné. Moi j’ai bossé dans l’édition et là j’écris des bouquins mais c’est plus un hobby qu’un boulot quoi. J’ai fait des spectacles avec des mômes, c’étaient des pièces de théâtre je m’occupais du côté musical, c’était entre pièce de théâtre et comédie musicale en fait et donc je faisais chanter les enfants, je composais des trucs. Ça je l’ai fait pendant quelques années jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de subventions pour monter les spectacles, merci les gouvernements successifs… Et puis Charlu, le bassiste, il habite en Auvergne où il a fait plusieurs groupes de rock un peu localement et il bosse régulièrement sur des concerts, il fait de la régie. On est tous restés proches de la musique. Moi je bosse aussi sur des concerts en tant que régisseur.

_ Vous vous voyez souvent ?
Karim : On se voit quand on se voit parce que quand y’en a un qui habite à Avignon, l’autre en Espagne et moi à Paris, on se croise pas tous les jours, mais on est toujours restés potes.

_ Ton dernier livre ‘Le club des punks contre l’apocalypse zombie’ vient de sortir, tu veux nous parler un peu de ta carrière d’écrivain ?

Karim : Ma carrière…(rires), ma grande carrière d’écrivain ! J’ai commencé dans les années 2000 à publier des nouvelles notamment dans les fanzines, c’était bien j’adorais ça les fanzines, et chez un éditeur qui s’appelle Oxymore qui était un truc assez bien qui a disparu depuis. Et puis il y a quelques années avec ActuSF j’ai publié un premier recueil de nouvelles qui s’appelait ‘Les ballons dirigeables rêvent-ils de poupées gonflables ?’. Juste avant j’avais fait une novela, c’est-à-dire un récit d’une centaine de pages chez un petit éditeur qui s’appelait Griffe d’encre, chez qui j’ai bossé aussi d’ailleurs, qui s’appelait ‘La porte’. Ensuite les deux romans, ‘Fées, weed et guillotine’ et ‘Le club des punks’, et un roman graphique qui s’appelle ‘Cyclone’ qui est à la fois un texte mais illustré, avec la démarche qui est contraire à ce qu’on se fait d’habitude c’est-à-dire que les tableaux existaient d’abord et c’est à partir de ça et d’un thème que j’ai écrit le texte. Voilà ma grande carrière d’écrivain !

_ On est quand même là pour parler musique alors question la plus importante : pourquoi ce retour les Ludwig?

Karim : Pourquoi on revient ? Parce qu’en fait, bon ces derniers temps on se voyait plus tellement à cause des distances géographiques, on s’est retrouvés en fin d’année deux-trois fois l’année dernière, là on s’est aperçu que finalement on s’entendait toujours aussi bien. Je sais pas apparemment tout le monde avait envie, donc on s’est dit est-ce qu’on le fait ? Ça vous branche ? Tout le monde était branché, pas que les trois, y’a aussi Jean-Mi qui s’occupe des machines derrière, toute l’équipe technique sauf un (dont on parlera pas mais c’est pas grave). Les neuf personnes qui tournaient à l’époque c’est les mêmes et en fait tout le monde avait envie, tout le monde était à fond et on s’est dit faisons-le maintenant c’est le moment c’est pas dans dix ans qu’on va le faire.

_ D’où ma question pourquoi maintenant ?

Karim : On n’a plus vingt-cinq ans ! Je sais pas tout d’un coup un délire, ça nous a semblé amusant de faire le truc, on a essayé de répéter et on s’est dit oui c’est bien ça le fait !

_ Pourquoi le Hellfest pour ce retour ?

Karim : Alors on a pas choisi le Hellfest, on a juste dit à Christophe, qui était notre tourneur depuis longtemps, voilà on se reforme on a qu’à faire quatre/cinq festivals ou concerts, il en a parlé et tout de suite le Hellfest a dit ouais on va faire jouer les Ludwig ! Donc moi le Hellfest j’y ai jamais été, mais j’ai en permanence des potes qui y vont, qui m’en parlent et à chaque fois ils sont contents, apparemment y’a une ambiance qui est vraiment bonne. On s’est dit faisons ça là-bas parce que les Ludwig c’est pas non plus Led Zeppelin ni AC/DC, mais si on fait ça dans une petite salle de deux cents/trois cents personnes on risque d’avoir beaucoup de monde dehors et ça risque d’être pas très gérable, alors que là on pourra voir comment réagi le public. Pi moi ça me fait marrer de jouer au Hellfest, j’aime bien l’idée, j’aime bien leur gestion des problèmes qu’ils ont avec les intégristes cathos qui planent complètement.

_ Le Hellfest justement c’est dans quelques semaines, vous répétez ?

Karim : Non jamais ! (rires) Si si, on répète, on a répété pendant deux semaines là parce que ça fait quinze ans qu’on les a pas joués les morceaux quand même !

_ Du coup pour faire le choix de setlist, c’est chaud ?

Karim : Ah ouais c’est chaud ! Y’a une dizaine d’albums donc… Bon y’a des titres qu’on a jamais joué en concert… Surtout qu’au Hellfest on va jouer cinquante-cinq minutes tu vois, donc il faut faire une sélection ! Y’a des gens qui nous diront après mais pourquoi vous avez pas joué ça ? On peut pas tout jouer !

_ Émotionnellement tu te sens comment à quelques semaines de ce retour ? Content/impatient de retrouver le public/la scène ?

Karim : Moi j’ai hâte de le faire ! C’est clair que quand on est en répéte ça me démange de m’y retrouver. Parce que les Ludwig ça a toujours été un truc de potes, enfin ça a toujours été un plaisir. On s’est arrêtés justement parce que ça devenait un peu trop routinier. On en avait marre, ça faisait dix-sept ans qu’on tournait, qu’on faisait les mêmes chansons. Mais là ouais c’est une aventure humaine aussi. C’est toujours les mêmes personnes dans l’équipe, là on est dix, dont neuf qui sont des potes depuis plus de vingt ans quoi, même plus pour Bruno ou Charlu.

_ T’attends-tu à voir beaucoup de jeunes qui n’ont jamais eu l’occasion de vous voir en concert auparavant ?

Karim : Je sais pas, je pense oui ! Avant en permanence on me demandait si on allait refaire un concert, pour des gens qui disaient ben on vous a jamais vu, on était trop jeunes, on vous a ratés. C’est vrai que quand on a eu l’idée de refaire le groupe on s’est posé la question est-ce que ce serait pas mal de refaire des concerts ? Puisque les gens voulaient nous voir, ils verront ! Je pense que Ludwig est plus un groupe de scène qu’un groupe de disques. J’espère que ça plaira aux gens, comme ça qu’on puisse refaire des concerts après. Bon on en fera pas quarante par an mais une dizaine, une quinzaine tous les ans pendant deux-trois ans, pour faire plaisir aux gens, pour se faire plaisir !

_ Un souvenir de scène marquant à nous raconter ?

Karim : Ouais j’en ai à peu près cinquante mille ! Qu’est-ce que tu veux que je te raconte ? Waouh !

_ Un lieu peut-être qui t’as marqué alors ?

Karim : Je sais pas y’en a tellement ! Je me rappelle avoir joué à Genève, y’avait pas mal de squats semi-autorisés, y’en a un qui s’appelait l’Ilôt 13, on avait joué dans une cave mais alors elle devait faire soixante-dix mètres carrés, deux mètres de plafond, avec deux cents personnes là-dedans, et un escalier mais raide ! Pendant des années je me suis dit mais on était tarés de jouer là-dedans parce que si jamais y’a un problème personne sort quoi ! Et là récemment j’ai reçu un mail en me disant : on fête les vingt ou trente ans de l’Ilôt 13, (parce que maintenant le truc a été racheté par les propriétaires à des taux très bas) on pourrait refaire le concert dans la cave. J’ai dit ah non !! Mon pire cauchemar !! Bon le concert était filmé, il était très bien hein ! Mais à l’époque on avait une certaine inconscience, c’était débile parce que c’était dangereux.

_ Peux-tu nous dire en quelques mots quelles ont été tes influences à l’époque ?

Karim : Quand on commence les Ludwig, on écoute des groupes Punk genre les Béru parce que les Béru ont déjà commencé mais aussi les Métal Urbain, plein de groupes punk, Warum Joe, même La Souris déglinguée même si après ils tournent un peu très chelou musicalement ça a toujours été très bien c’est juste plus ça va plus ils font n’importe quoi, plus ils s’éloignent de ce que je peux penser et défendre mais le premier album c’était une grosse claque ! Donc le premier album de Warum Joe, le premier album de la Souris, le seul album de Métal Urbain, les premiers quarante-cinq tours des Béru, le disque de Lucrate Milk… Et puis après je pense tous les trucs qu’on a pu écouter séparément qui sont des trucs Punk ou pas Punk. Tu vois moi j’ai toujours aimé les Who. On a jamais voulu faire la même chose que ce qui se faisait même si on a pris une boîte à rythmes mais ça c’était un choix. Après je pense que ce que tu vas écouter, que tu vas assimiler, ça ressort quelque part. Ça pouvait autant être Sham 69 et Angelic Upstarts que des groupes minimalistes parce que Ludwig au début est très minimaliste, ça le reste d’ailleurs. Les Béru aussi au début c’est très très très simple mais très efficace, après ça se complexifie un peu.

_ Et aujourd’hui qu’écoutes-tu ?

Karim : J’écoute un peu de tout franchement. Je trouve pas beaucoup de groupes contemporains qui me… Ça me touche moins en fait je sais pas. Bon j’ai peut-être plus l’âge de ça. J’écoute tous les vieux groupes clairement. Mais c’est vrai je serais pas tellement capable de te citer un groupe des dernières années qui m’a vraiment plu…

_ Du coup as-tu un avis quand même sur la scène émergente française ?

Karim : Moi j’ai un souci depuis dix-quinze ans en France, et pas qu’en France d’ailleurs dans le monde en général, c’est que par rapport au moment où on jouait, les gens savent jouer techniquement. Nous on savait pas jouer, moi j’ai jamais su chanter, c’est pas un souci. Mais pas que nous y’avait plein de groupes qui savaient pas jouer et qui ont appris, techniquement on était pas très bons c’est clair. Aujourd’hui putain ils sont bons, ils assurent, ils ont des putains de sons. Par contre ce qu’on a perdu c’est beaucoup d’originalité en fait. Et pas seulement les français, c’est en général dans le monde. Y’a plein de groupes qui sortent et c’est quand même assez rare qu’il y ait un groupe original. Alors que nous on s’est retrouvés dans une sorte de période, y’a eu un enchaînement entre 77 et on va dire fin 90, où y’avait tous les ans, tous les deux ans, des nouveaux trucs. En France y’avait des groupes différents musicalement y’a eu le Punk, la New Wave, le Batcave, t’en as des tonnes et ça s’enchaîne pendant dix ans où y’a vraiment régulièrement des trucs nouveaux. Aujourd’hui je peine à voir ça quoi. Je vois des bons groupes des fois en concert, qui ont la pêche et tout ça mais je trouve que ça manque un peu de personnalité.

_ Et niveau live, tu vas voir qui ?

Karim : Moi je vais voir des petits groupes alterno-machin dans les salles à Paris qui sont pas des groupes qu’on entend à la radio. Je bosse sur les concerts en fait, donc je les fais tu vois ça me saoule un peu les concerts ! Mais j’ai vu des bons trucs ! Le seul truc qui m’a vraiment fait flasher c’est un groupe américain soi-disant de Jazz, moi j’appelle ça Electro-Jazz même si y’a rien d’Electro, ça s’appelle Too Many Zooz. C’est juste un mec, il a un saxo, un autre une trompette et un un tambour, et ça fait une sorte de truc complètement hypnotique, complètement barré, ça se trouve facilement sur internet c’est un truc à voir ! Je les ai vus en concert et j’ai fait oh putain c’est bien vraiment ! Sinon j’ai vu plein de groupes Ska, Punk, je prend plaisir à les voir mais je trouve que voilà c’est pas Crass, c’est pas Discharge, ces groupes à l’époque à chaque fois que t’en voyait un c’était pas le même quoi c’était bien.

_ Et que dirais-tu là maintenant à quelqu’un qui ne connaît pas du tout les Ludwig pour lui donner envie d’aller vous voir sur scène ?

Karim : Viens au concert, y’a de la bière gratuite !!! Non je lui dirais de regarder, d’écouter quelques morceaux. Mais je pense que c’est aux gens de découvrir eux-mêmes, je vais pas faire de prosélytisme.

_Comme beaucoup de fans je suis déçue qu’il n’y ait pas plus de dates et que vous ne veniez pas dans les petites salles, on pleure ou on espère ?

Karim : De toute façon on n’est plus tous jeunes franchement on va pas se taper des tournées de quarante dates ! On n’a jamais fait des grosses tournées à l’époque parce que y’avait pas beaucoup de structures, le plus qu’on a dû faire c’est quarante/quarante-cinq dans l’année, c’était beaucoup pour nous. Mais là on y va doucement. On aurait pu faire plein de petites salles mais  y’a toujours un risque, je sais pas ce que ça va attirer comme personnes. De toute façon le truc est frustrant, soit tu fais des festivals et les gens disent ouais c’est trop cher, c’est trop loin, ou soit on fait des petites salles mais le problème des petites salles c’est qu’il faut monter la tournée d’abord. Moi je voulais déjà voir si on s’entendait musicalement et humainement. Puis on bosse aussi à côté.

_Des projets musicaux ensemble ? Ou séparément peut-être ?

Karim : Ben écoute on vient de se retrouver donc on en profite. Probablement qu’on va refaire des concerts en novembre/décembre parce que c’est bien parti pour. Et après ça je pense que si ça se passe bien on va essayer de faire des morceaux, pas forcément des albums mais se servir d’internet pour faire quelques morceaux, les mettre en ligne, pour que les gens en profitent.

_Parle nous d’un truc inavouable que t’adores écouter !

Karim : J’écoute Sheila tous les jours ! (rires) Si si j’ai plein de trucs mais inavouables non, parce que je m’en fous un peu, je me cache pas ! J’aime bien les tubes de Niagara mais j’en ai pas honte ! De toute façon une chanson te plaît, une chanson te plaît ! J’aime pas Maître Gims je suis désolé mais ça l’a pas fait hein ! Mais j’aime bien le jeune rappeur qui commence à monter qui s’appelle Vald, c’est pas mal ça franchement, c’est le meilleur truc dans le Rap français que j’ai vu depuis très longtemps.

_Et pour finir une anecdote à nous raconter?

Karim : Bworf ! Non mais pareil des anecdotes je pourrais t’en raconter deux cent cinquante mais après laquelle te raconter ! Un jour j’écrirai un livre, mes aventures avec les Ludwig ! Je pense qu’il y a plein de gens qui devraient écrire qui ont connu les années 80 qui auraient plein de choses marrantes à raconter sans vouloir faire de la littérature, ça serait pas mal de faire ça !

_Un message à faire passer ?

Karim : Faites de la musique mais soyez originaux !

Merci Karim !

Retrouvez Ludwig von 88 en concert cet été :
ludwig-tournée
Et à La Nef à Angoulême le 10 novembre, à la Laiterie à Strasbourg le 19 novembre, au Trianon à Paris le 26 novembre, au Bikini à Toulouse le 9 décembre, au Théâtre Barbey à Bordeaux le 10 décembre,  ! Et surtout, restez bien à l’affût pour de nouvelles dates…

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