Interview : Station Echo – Cette ouverture d’esprit, écouter les autres, c’est important.

Like A Melody est allé rencontrer le groupe Station Echo avant son concert en mars dernier au Ninkasi Gerland à Lyon. Une rencontre très intéressante, qu’on vous conseille de suivre jusqu’au bout. Vous êtes prêts ?

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De gauche à droite : Jean-Philippe, Cyril et Stéphane

Salut Station Echo, on est au Ninkasi Gerland avant votre concert et ravis d’être ici avec vous !

Pourriez-vous vous présenter, Station Echo, c’est qui c’est quoi ?

Cyril : Station Echo c’est un groupe d’electro pop / rock lyonnais avec un trio formé de musiciens venant d’horizons différents comme Stéphane qui vient de l’alternatif, Jean Phi nous vient de l’indus, et moi Cyril qui vient plus du pop rock. Nous nous sommes réunis il y a trois ans, on était orphelins des groupes dont nous faisions partie avant et qui s’étaient arrêtés il y a quelques années. Mais on avait vraiment envie de continuer à faire de la musique, se produire sur scène, on voulait vraiment produire à nouveau du matériel musical, et on s’est dit tiens pourquoi pas ! L’electro s’est imposée naturellement, c’était une envie du moment.
Début 2013, nous sommes partis sur la conception d’un album où nous avons beaucoup tâtonné pendant une grosse année. Et un jour l’un des morceaux a produit un déclic, on a trouvé la ligne directrice, ce qui a aidé à finaliser ce projet jusqu’à sa sortie en 2014.

Le nom, Station Echo, ça vient d’où ?

Cyril : C’est un nom qui fait justement écho à la musique que nous faisons. Dans l’absolu, nous sommes assez electro, l’écho c’est un effet qu’on utilise beaucoup, tant sur les instruments que sur la voix, ça nous semblait bien d’associer ce mot à un autre à consonance plutôt industriel comme station. Quelque chose qui diffuse la musique et d’envoyer du son !

Et au niveau des influences musicales du coup ?

Cyril : On n’a pas de barrière. Comme je te le disais, nous venons d’horizons très différents, et nous essayons de mélanger toutes ces influences, certaines sont plus prépondérantes que d’autres comme Nine Inch Nails, David Bowie qui nous ont vraiment influencées. Et je ne dis pas ça parce que c’est la mode et que tout le monde est influencé par David Bowie ! (rires) Mais à la base ce sont des personnes qui sont des bidouilleurs de sons, qui vont vraiment chercher au fond des entrailles de la machine pour sortir des sons parfaits. Et sans prétention aucune, c’est une approche qui nous paraît être proche de la nôtre.

Jean Philippe : Fait important, c’est la place de la musique par rapport à la voix. En France la musique n’est qu’un support, le texte importe plus. Ce qui nous intéressait vraiment c’était obtenir un son particulier, et ce qu’on fait avant c’est chercher ce son. On ne demande pas seulement par exemple à Steph (guitare) de mettre de la saturation, de gratter les cordes, mais de s’incorporer dans le son. J’aime aussi travailler la voix de Cyril comme un instrument. Voilà, il faut que dès qu’on entende un son, on puisse se dire « ça y est, il y a quelque chose », juste avec un son.

Parlons de cet album « Contrôle Voltage »…

J.P. : Ce titre pour rappeler l’analogie du son !

Eh bien, comment cela se passe pour le processus de création ?

Cyril : Le processus de création est vraiment très démocratique. On peut partir d’une idée de base, de l’un de nous, et cette idée va rebondir de l’un à autre et prendre peu à peu forme autour des idées qu’on va avoir. On aime bien le consensus, si une idée ne plaît pas à l’un des trois, elle ne sera pas retenue. Construire quelque chose qui va plaire à tous, et obtenir une forme de cohésion, de cohérence musicale. Nous avons chacun ProTool, et c’est ça qui est pratique avec les nouvelles technologies, on peut s’envoyer rapidement nos idées, travailler dessus, et les renvoyer assez vite. Cela permet de gagner du temps, et avec ce temps gagné de prendre du recul sur ce qu’on a fait. Et par rapport au déclic dont on parlait tout à l’heure, il y avait beaucoup de démos, beaucoup de tests comme on partait de zéro, et lorsque ce fameux morceau est arrivé, on s’est dit qu’il fallait creuser dans ce sens-là.

J.P. : Cette ouverture d’esprit, écouter les autres, c’est important. Ce n’est pas toujours évident, parfois même c’est assez frustrant. Mais c’est un processus démocratique !

Stéphane : Pour avoir joué avec d’autres musiciens, il y a une force dans ce groupe : c’est cette capacité à s’effacer et à accepter. Quand tu es musicien, la moindre idée que tu amènes vient des tripes, ça peut être frustrant. Mais ils ont tous les deux cet intelligence et c’est très agréable ! Et puis il y a un entraînement mutuel dans cette démarche, et surtout cela permet que chacun assume les choix du groupe.

Il y a trois clips qui vont avec cet album, vous pouvez nous en dire plus ?

J.P. : Il y a ‘Guilty’, ‘Wrong’, ‘Say you’re sorry’ et quelques prises live également. Tous nos clips sont faits par Rémy Boudet. Alors par contre là on ne dit jamais rien, il a toujours de bonnes idées ! (rires) On le laisse faire, il fait finalement un peu partie du groupe, il est force de proposition, on n’est pas là pour imposer notre choix. Parce qu’à chaque fois, nous sommes satisfaits !

Rémy : C’est surtout que je fais, et qu’ils n’ont pas le choix ! (rires) Notre rencontre, ça s’est fait comme ça, je travaille dans le cinéma depuis des années, et un jour Jean Phi m’a fait écouter sa musique et je n’en revenais pas ! J’étais à Los Angeles à ce moment là, je lui ai dit que j’allais vais essayer de faire quelque chose. Donc j’ai rencontré des jeunes dans la rue, et ça a très bien fonctionné donc on a enchaîné !

Cyril : Pour ce clip de ‘Say you’re sorry’, j’ai aussi proposé de faire quelques photos chez moi avec des amis. On commence à shooter, mais Rémy n’était pas convaincu. Il nous a tous emmenés au tunnel de la Croix Rousse (Lyon), à nous dire de sauter dans le tunnel, et en passant les photos en accéléré, nous nous sommes aperçus que ça ferait un super clip ! Au départ ce qui devait être un shoot photo de deux heures s’est transformé en trois sessions d’enregistrement sur trois samedis d’affilés dans ce fameux tunnel, et c’était au top !

Vous avez pas mal de diffusions radios notamment sur British Connection, les Enfants du Rhône ou Radio London, cette dernière c’est une petite surprise !

J.P. : A côté de la musique je fais de la musique pour Rémy, pour des pièces de théâtre dont une à Londres, et la personne interviewée ce jour-là a parlé de moi et a mis un morceau de Station Echo. C’était la bonne surprise !

Cyril : Complètement, des surprises comme celle-ci, on cherche à en avoir plein ! (rires) Après bien sûr on démarche beaucoup ! Et on a un style qui plaît aussi outre Atlantique, Rémy l’a vu lorsqu’il tournait le clip, mais aussi on a eu l’année dernière une radio à Toronto qui a passé sur sa playlist ‘Eyes up’, et les auditeurs ont bien réagi ! On a peut être quelque chose à faire en Amérique du Nord ! On chante en anglais, ce n’est pas pour rien car nous sommes bercés par la musique anglophone.

Ce soir, vous êtes en concert au Ninkasi Gerland (Lyon – 69), mais vous avez une préférence pour la scène ou le studio ?

J.P. : Les deux ! Voir quelque chose se créer en studio, c’est très agréable. Mais une fois fini, il y a cette envie de le montrer ! Ce ne sont pas les mêmes plaisirs, mais ils sont complémentaires.

Cyril : Tout musicien qui se respecte a ce côté live qui lui colle à la peau. C’est naturel pour lui de vouloir produire de la musique, mais aussi de se produire. C’est très trippant et force est d’admettre qu’une fois que tu y as goûté… C’est comme le sexe, quand tu sais le bien que ça te fait, tu n’as qu’une envie c’est recommencer ! (rires)
Plus sérieusement, tu travailles ton album pour approfondir ton assise musicale, et pour ensuite le montrer.

J.P. : Il y a une chose qu’on a pas dite non plus, c’est travailler avec des gens que tu apprécies. Pas seulement une collaboration entre musiciens.

On parle concerts, quel est votre plus beau souvenir de live ?

J.P. : Le meilleur live qu’on ait fait, ça a toujours été le dernier ! On est en pleine progression !

Cyril : Voilà, le meilleur live, c’est celui qu’on va faire ! (rires) Mis à part ça, le dernier ce n’était pas forcément  la plus grande salle (le 03 mars au Blogg), mais il y avait une belle connexion avec le public, fatalement t’as envie de te donner, t’as envie de renvoyer ce que les gens te donnent.

J.P. : Et puis la réaction du public ! On le voit sur internet, les gens nous sollicitent, ils veulent nous voir à nouveau. Pour le concert de ce soir par exemple, beaucoup de monde viendra !

Cyril : C’est pour ça qu’il faut être meilleur, sinon il n’y aura plus personne ! (rires)

Stéphane : C’est dur de ramener du monde, surtout lorsque tu as connu les années 90, où il y avait plus d’endroits pour jouer, et au-delà de ça il y avait un public qui se déplaçait vraiment. Pourtant nous n’étions pas connus ! Et il y avait un engouement. Aujourd’hui c’est plus dur, donc c’est bien de voir qu’il y a du monde ce soir.

Pour enchaîner justement, quel est votre point de vue sur la scène  française émergente / indépendante ?

Stéphane : C’est une scène de qualité, je suis surpris régulièrement, mais ce n’est pas pour autant que les maisons de disque les signent. On trouve énormément de groupes vraiment super, mais on ne les trouve pas chez Universal. Actuellement, il y a une visibilité qui ne se fait pas. Sans vouloir casser personne, il suffit de regarder les Victoires de la Musique : il y a un problème sur les signatures d’artistes en France ! Si vous allez sur les lieux de répétitions comme l’Hôtel de la musique et le Warmaudio (Lyon),  il peut y en avoir une centaine d’artistes avec cent groupes qui font du rock. Et personne ne les signe ! On ne les entend pas. Il n’y a jamais eu autant de gens qui font de la musique, et aussi peu de signatures. Parce qu’il y en trop, parce que beaucoup se mettent à leur compte ? Il y a aussi la technologie qui rend plus facile l’accès à la musique !

Cyril : Oui l’accès à la musique s’est démocratisé. C’est plus simple maintenant d’enregistrer une démo ou un album de bonne qualité. Je trouve surtout qu’il y a un fossé qui s’est créé entre les grandes majors et la scène underground ou alternative. Et je m’engage là-dessus, ce qu’il y a de proposé au niveau national c’est inintéressant, contrairement à la scène underground qui est de qualité et qui m’épate, quel que soit le style, c’est assez prometteur ! C’est juste dommage qu’on ne puisse pas leur laisser une chance, faire comme à l’anglaise : donner sa chance à tous et de passer à l’étape supérieur.

J.P. : Un des meilleurs concerts d’un groupe français que j’ai vu cette année, c’est Ezeki3l. En concert c’est magnifique ! Pourtant ils n’ont pas la puissance qu’ils devraient avoir niveau média.  Je le conseille à tous !

Stéphane : Juste par rapport à ce que disait Cyril, je ne suis pas d’accord avec toi. Certains de mes contacts anglais me disent qu’ils ont le même problème à l’heure actuelle. T’as beaucoup moins de choses qui émergent comme dans les années 80, 90 et même 2000. Et il y a aussi beaucoup de formations qui reviennent !

Cyril : Le problème là bas, c’est qu’ils sont tous bons ! (rires)

Toujours en parlant des autres artistes, il y en a un avec qui vous rêveriez d’enregistrer un morceau ?

Cyril : Je suis assez subjugué ces derniers temps par certains artistes qui sortent un peu du lot et qui m’apportent l’émotion et la puissance mélodique que j’attends dans une musique. Comme Susanne Sundfor  par exemple (artiste norvégienne ayant participé à la bande originale du film « Oblivion ») et si on pouvait faire un morceau de tournée, une première partie avec elle ce serait vraiment bien ! Il y a aussi Thomas Azier, un chanteur et compositeur qui m’a bluffé, il est un peu dans le même créneau que nous. Alors après on aime bien tous Depeche Mode, alors se caler sur une première partie de Depeche Mode, ou encore Archive !

Stéphane : Il y en a plein ! Dans les artistes récents, il y a Lykke Li, mais si t’as aussi l’opportunité de jouer avec Nine Inch Nails, tu te tais et tu fais ce que tu peux ! (rires)

J.P. : Ce n’est pas forcément les artistes pour moi, mais ce qui me plairait c’est bidouiller des machines avec des tas d’autres groupes pour savoir comment ils travaillent et pouvoir me nourrir de ce qu’ils font. Massive Attack, Portishead, Trent Reznor, je sais qu’ils vont bidouiller et obtenir un son, c’est ça qui me plairait.

Quels sont les projets à venir pour Station Echo ?

Stéphane : Ah non t’es mal tombé, anciens punks ! No future ! (rires)

Cyril : Les classiques : devenir millionnaires, tournée mondiale, se droguer…

J.P. : On veut surtout faire d’autres lives, donc on démarche, on cherche tourneurs et autres concerts. Et également l’album suivant, mais on ne sait pas encore sous quel forme : mini-album, album complet… Cela dépendra de l’humeur, du moment, de la direction artistique. Il faut arriver à savoir à quel moment arrêter la composition d’un morceau. Par exemple Georges Lucas n’a jamais arrêté Star Wars… Il faut savoir dire stop. Mais c’est un peu complexe car les personnes qui vont retourner un album et voir seulement quatre titres peuvent dire « je le prends pas pour si peu de morceaux », alors qu’il peut y avoir des choses très intéressantes.

Stéphane : Et puis on n’en a pas encore fini avec ce dernier album, il n’a peut être pas encore eu le traitement qu’il méritait. On est dans une phase un peu lente de démarche, alors qu’on est en pleine marge de progression, et voir pour densifier les dates pour cet automne où l’album devrait mieux vivre. Ce qu’il faut savoir aussi sur nos concerts, c’est qu’il est autant musical que visuel, et c’est important !

Cyril : D’ailleurs notre prochaine date c’est aux Abbatoirs de Bourgouin Jallieu (69), une vraie scène professionnelle avec un public de qualité, un rendez vous qui va bien se préparer, on attend aussi la réponse de certains tremplins et festivals qui devraient tomber. Et on espère faire quelques dates à Londres, on y travaille ! Ce sera l’opportunité d’aller plus loin.

Dernière question pour finir cette interview, une anecdote à nous partager ?

Cyril : On te parlait sinon du clip ‘You’re wrong’, et notre ami Rémy était à Los Angeles pour shooter pas mal de filles. On vous invite à regarder le clip et à faire attention à la toute dernière fille qui apparaît dans le clip : il se trouve qu’elle a tourné dans un clip de David Bowie, sur la chanson ‘The next day’ sorti en 2013. On a cette chance là de partager un lien avec Bowie !

Stéphane : Et la dernière fois que quelqu’un a partagé une femme avec David Bowie, c’était Mick Jagger… (rires)

Merci à Station Echo pour ce super moment ! Like A Melody vous les recommande chaudement, à bientôt !

Pour retrouver Station Echo :
Website : http://www.stationecho.com/
Facebook : https://www.facebook.com/stationecho
Soundcloud : https://soundcloud.com/stationecho
Youtube : https://www.youtube.com/channel/UCcfnpFEq19B7uDQulNpeHaA

 

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