Vintage : Nick Cave et Kylie Minogue – Where the Wild Roses Grow

En 1995, un improbable couple australien se forme pour un titre qui deviendra un tube : ce couple c’est Nick Cave et Kylie Minogue ; ce titre c’est ‘Where the Wild Roses Grow’, une douce et somptueuse ballade. Mais une ballade terriblement glauque lorsque l’on se penche sur les paroles écrites par Nick Cave d’après un chant traditionnel américain probablement d’origine irlandaise, « Down the Willow Garden ».

Cette chanson figure sur « Murder Ballads » qui est le neuvième album studio de Nick Cave and the Bad Seeds, paru en 1996. Comme le suggère son titre, cet album se compose de ballades centrées sur le thème du meurtre, genre de chanson populaire dans les pays anglo-saxons, qui évoque en détail des crimes passionnels et souvent, leurs conséquences.

Cette chanson est une histoire racontée à deux voix : une femme, Elisa Day surnommée « La Rose Sauvage » (Kylie Minogue) et un homme (Nick Cave). Chacune des voix donne des éléments de l’histoire qui se complète comme un puzzle. L’histoire est un coup de foudre entre un homme dont on ne sait rien et une femme dont on ne connait que le nom, Elisa Day, la plus belle qu’il ait jamais vue : « She was more beautiful than any woman I’d seen ». Celle-ci se déroule sur trois jours :

Le premier jour, l’homme tombe fou amoureux d’Elisa Day dont les lèvres lui rappellent les roses sauvages qui poussent près d’une rivière proche. Il la séduit, elle tombe sous le charme.

Le deuxième jour, il revient lui rendre visite, une fleur à la main et lui demande de l’accompagner près de la rivière aux roses. Elle accepte.

Le troisième jour, ils se rendent au bord de la rivière. Il lui montre les roses, l’embrasse en lui disant « toute beauté doit mourir » et la tue d’un coup de pierre. Il place finalement une rose entre ses dents.

Tout réside dans cette phrase, « All beauty must die », (« toute beauté doit mourir ») : le premier jour, c’est la perfection. Le deuxième, il comprend qu’elle vieillira, qu’au fil des jours, rien ne sera plus jamais comme ce premier moment. Et donc le troisième jour, il fige ce souvenir et ces images à jamais en la tuant.

Les images du clip font référence au tableau « Ophelia » du peintre britannique John Everett Millais (1829-1896) conservé à la Tate Britain, à Londres. Ophelia est un personnage de la pièce « Hamlet » de William Shakespeare. Cette huile sur toile a été réalisée en 1851-52 et représente la jeune fille morte, allongée dans le lit d’une rivière avec des fleurs. Même si l’histoire n’est pas identique (dans Hamlet, Ophelia se noie), l’iconographie est similaire : la position des mains, la lumière sur le visage, la présence du saule pleureur qui est le symbole d’un amour abandonné, les roses qui renvoient à l’amour et à la pureté. Cette œuvre dégage une certaine douceur, paradoxale pour une telle scène, tout comme la chanson.

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‘Where the Wild Roses Grow’ connaît un franc succès international, remporte en 1996 trois ARIA Awards (Australian Recording Industry Association Music Awards) en Australie, dont celui de la « Chanson de l’année », et fut disque d’or en Allemagne.

[Marjorie]

 

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